Bonjour! Sur ce blog vous trouverez des textes reflétant ma vision de la vie, mes réflexions sur des sujets divers et variés ainsi que mes opinions politiques et ma façon de voir la politique.

29 janvier 2009

« Eux » et « Nous »

« Eux », ce sont les responsables de la crise. Et « Nous » sommes les victimes de la crise. Le manichéisme a encore une fois parlé. L’irresponsabilité aussi. Car il n’y a pas « Eux » et « Nous », il y a seulement des hommes et des femmes, dans tous les pays du monde démocratiques, qui ont décidé de donner leurs pouvoirs à leurs représentants afin d’agir en leurs noms. Cela s’appelle la démocratie représentative ou, pour certains penseurs comme Sieyès, le système représentatif puisqu’ils estiment que la démocratie, la vraie, est un système où le citoyen prend lui-même les décisions. On appelle ça, de nos jours, la « démocratie directe » par rapport à la « démocratie représentative ».

Ce n’est pas seulement une bataille de mots pour le plaisir de disserter. Si nous sommes dans un système représentatif, celui qui semble le mieux adapté à une société complexe où la division du travail et le partage des tâches sont une nécessité (non, nous ne pouvons pas être, à la fois, boulanger, boucher, épicier, agriculteur, pompiste et chef de l’Etat !), nous ne sommes pourtant pas les victimes irresponsables des agissements de nos gouvernants comme nous voulons le faire croire quand tout va mal. Ni les victimes innocentes de méchants boursicoteurs ou de va-t-en-guerres dangereux. Car « Nous » avons du pouvoir mais nous ne voulons pas l’exercer. Et, au fil du temps, nous avons réclamé une plus grande indépendance vis-à-vis de la société (cela s’appelle l’individualisme et la « postmodernité ») qui nous permet de nous créer une sorte de sphère indépendante et totalement égocentrique mais aussi une citoyenneté à mi-temps où nous ne nous occupons de ce que nous voulons et, non pas, de ce que nous devons. Car, contrôler nos gouvernants est le devoir des gouvernés. Il ne s’agit pas de leur donner un « mandat impératif » (où un gouvernant-mandataire ne peut prendre que des mesures précises que ses gouvernés-mandants lui ont donné) qui ne peut évidemment pas fonctionner dans un monde complexe où nous ne savons jamais de quoi est fait le lendemain et qui paralyserait le fonctionnement politique et de l’Etat mais de trois choses essentielles dans un système représentatif : nous tenir au courant, savoir pour qui on vote et contrôler le fonctionnement de nos élus.

Nous tenir au courant, c’est pouvoir s’informer librement et complètement. L’information libre (presse, audiovisuel, livres, débats, discussions, etc.) est la base grâce à laquelle le citoyen responsable sait pour qui il vote. Si nous ne savons pas ce qui se passe autour de nous, quels sont les problèmes, quelles peuvent être les solutions, alors nous ne sommes pas capables de savoir ce que nous voulons. Dès lors, nous voterons pour des gens qui ne défendrons pas nos points de vue mais qui nous proposerons les leurs auxquels nous ne pourrons qu’adhérer, même si c’est a minima, tout en ne sachant pas s’ils sont ou non bons pour nous.

Savoir pour qui on vote, ce n’est pas croire en telle ou telle personnalité politique. La croyance n’est pas, en matière politique, un fonctionnement rationnel. Bien sûr, nous n’éliminerons jamais ce facteur croyance mais il doit être supplanté par une analyse des capacités et des promesses faites par ceux qui nous demandent de les élire. Si ce travail était fait sérieusement, cela éliminerait beaucoup de démagogues et obligerait les politiques à un travail beaucoup plus sérieux et responsable. Cela nous permettrait aussi d’imposer un certain nombre de nos points de vue.

Mais, une fois que nous avons voté, notre « travail » de citoyen n’est pas fini comme le croient la plupart d’entre nous qui se muent alors en pauvres victimes irresponsables qui pestent devant des politiques qui ne prennent pas les bonnes mesures et qui permettent aux escrocs et aux criminels de pulluler autour de nous. Non, notre contrôle de citoyen libre et responsable commence pour éviter les dérives des promesses non tenues, de la corruption et du mauvais gouvernement. Nous pouvons intervenir en dénonçant les dysfonctionnements, les changements de cap, les erreurs, en proposant des solutions en étant, en fait, une vraie « opinion publique », c’est-à-dire responsable et capable d’une réflexion, imposant à nos élus de bien gouverner dans un bon gouvernement et dans la voie pour laquelle nous les avons installés au pouvoir. Et c’est tout à fait réalisable. Par exemple, en investissant le secteur associatif en créant des structures d’analyses, de contrôles et de propositions. Alors nous remplirons ce devoir de contrôle sans lequel le système représentatif ne devient qu’un système plébiscitaire où une caste politique se présente devant nous toutes les x années pour se partager des emplois comme n’importe quel demandeur d’emploi devant un patron mais un patron qui, ici, renoncerait ensuite à contrôler le travail de son employé en lui laissant faire ce qu’il veut…

Bien entendu, il est beaucoup plus confortable d’être une victime innocente qui ferme ses yeux, met du coton dans ses oreilles et se bouche le nez tout en ouvrant la bouche pour pleurer et se lamenter sur son sort de cocue politique, sacrifiée sur l’autel des intérêts maléfiques des « Eux », les méchants. Mais si nous avons un tant soit peu d’amour propre, prenons-nous en d’abord à « Nous » avant d’attaquer les « Eux » et travaillons à n’être pas de simples citoyens mais des citoyens libres et responsables. Deux adjectifs qui font toute la différence…


23 janvier 2009

économiquement acceptable, socialement inacceptable

Ce qui est économiquement souhaitable ne l’est pas toujours socialement. Et le dernier mot doit revenir au politique.

11 janvier 2009

La Palestine en feu, fruit de notre lâcheté

Nous ne devons pas oublier que les pays occidentaux ont une responsabilité dans le conflit entre Israéliens et Palestiniens. Et que c’est la raison pour laquelle nous devons également travailler à trouver une solution viable à celui-ci.


Lorsque les Européens et les Américains commencèrent à s’indigner du sort des Juifs en Allemagne, Hitler leur proposa de les accueillir chez eux. Il ne reçut aucune réponse… A la fin de la guerre et six millions de Juifs éliminés par ce même Hitler, il fut décidé de créer un Etat pour les Juifs et la première option fut de trouver une terre d’accueil en Europe, notamment en rognant un bout du territoire allemand. Mais redoutant les problèmes que cela créerait, les Européens décidèrent finalement des les envoyer au Moyen Orient. A l’époque, cela semblait la moins mauvaise solution… pour les Européens ! Bien sûr, les Juifs voulaient bien aller s’établir en Palestine et un puissant mouvement existait depuis le début du siècle mais il est fort probable aussi qu’ils auraient accepté d’être installés dans un autre endroit. Un des pays qui fut le plus grand supporter du nouvel Etat d’Israël fut l’Union Soviétique qui, par la suite, pour d’uniques raisons stratégiques, devint un ennemi inconditionnel de l’Etat Juif, armant les Arabes pour que ceux-ci fassent la guerre et anéantissent les Juifs.

Il n’est pas inutile de se replonger dans l’Histoire récente pour se rappeler comment les choses se sont passées au sortir de la guerre et pourquoi le conflit qui embrase la terre de Palestine entre Juifs et Arabes est le fruit de notre lâcheté et de notre inconséquence même s’il est également le fruit d’une haine ancestrale dont nous ne portons aucune responsabilité. Si nous remontons plus loin dans le temps, les conflits entre Arabes et Juifs ont ensanglanté cette région. Mais Arabes et Européens se sont aussi fait la guerre. Et les premiers chrétiens furent victimes de l’ostracisme des Juifs. Quant aux Juifs, ils furent victimes de la haine des Chrétiens. De ce point de vue, les peuples du Dieu unique ont bien rougi la terre que celui-ci leur a donnée...

Une fois l’Etat d’Israël installé au nom d’un droit historique découlant de la présence des Juifs il y a plusieurs millénaires sur la terre palestinienne (rappelons-nous tout de même que si l’on applique ce «droit» pratiquement aucun peuple au monde n’a le droit d’être là où il se trouve !), les Européens et les Américains retrouvèrent une sorte de bonne conscience en s’étant défaussé du problème sur une région pauvre et inhospitalière, contrairement à ce que racontent les Palestiniens qui ne l’avaient jamais mise en valeur. Et en quelques décennies, grâce à leur travail et aux capitaux venus des communautés juives à travers le monde, les Israéliens ont construit un Etat moderne. Mais, en faisant ainsi, ils ont aussi montré que dans cette région pauvre et inhospitalière, il n’y avait pas la place pour deux Etats antagonistes. Car les ressources naturelles ne le permettent pas. La principale, l’eau, n’est pas assez abondante pour un Etat israélien et un Etat palestinien. Si la guerre n’avait lieu pour des raisons de haine ancestrale (rappelons que les deux peuples ont la même origine ethnique), elle aurait sans doute lieu pour des raisons économiques. D’ailleurs, l’incapacité de l’Etat Palestinien de se développer vient aussi de ces réalités économiques. Et la pauvreté engendrant la violence, les Palestiniens ont non seulement suscité un terrorisme sans fin mais ont choisi de remettre leur destinée, à Gaza, à un groupe terroriste dont le seul but n’est pas de développer le bien être du peuple mais de mener une guerre de religion avec des non-dits économiques. Et la pauvreté des voisins engendrant la peur du nanti, la guerre « préventive » d’Israël a aussi des non-dits économiques.

Quelle est donc la solution et comment pouvons-nous racheter notre lâcheté initiale ? Faut-il que les Etats occidentaux demandent l’établissement d’un seul Etat avec deux peuples ? On voit le résultat avec le Liban. Faut-il que les Etats occidentaux se battent pour que les Juifs récupèrent tout le territoire de la Palestine et que les Palestiniens trouvent un havre d’accueil dans les pays arabes ? Mais aucun pays arabe ne veut des Palestiniens. Faut-il que les Etats occidentaux se battent pour que les Arabes récupèrent la Palestine et que les Juifs aillent trouver un nouvel Etat ailleurs ? Mais aucun pays ne voudra partager un bout de son territoire et la force d’Israël aujourd’hui ne rend même pas la question pertinente.

On peut alors tabler sur le temps comme le font les Palestiniens et les Israéliens, les premiers pour espérer la disparition de l’Etat juif, l’autre pour espérer la disparition des entités palestiniennes. C’est vrai, rien n’est jamais donné. Il y a deux mille ans, la France n’existait pas et Rome dominait le monde occidental et le bassin méditerranéen. L’Egypte des Pharaons, l’empire inca, l’empire byzantin ont disparu. Alors rien ne dit que dans les siècles qui viennent ce ne soit pas également le cas de l’Etat d’Israël ou du peuple palestinien. Outre que cela n’est que spéculation historique, il est sans doute illusoire de penser que, malgré leurs fantames, les Palestiniens et les Israéliens aient la patience d’attendre un éventuel effondrement des autres, effondrement que les uns et les autres, évidemment, feront tout pour éviter.

La seule solution pacifique serait de créer une vaste zone sur le modèle de l’Union européenne dans tout le Moyen Orient qui permettrait de ramener la confiance politique mais aussi le partage économique. Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui sur le terrain, quand on voit les appels à l’anéantissement de l’autre, cela semble pire qu’une utopie de dire cela, cela ressemble fort à une imbécillité. Mais outre que les imbécillités d’hier sont souvent les intelligences de demain, quelle est l’autre solution pacifique ? Et lors de la Deuxième guerre mondiale, ceux qui prônaient l’établissement d’une Europe unie étaient, rétrospectivement, des imbéciles ou des militants de bonne volonté qui ont permis au continent européen de se développer économiquement et d’assurer, depuis plus de soixante ans la paix ?! Alors, il est temps que les militants de bonne volonté se penchent sérieusement sur cette terre de Palestine où certains irresponsables, dont les Etats occidentaux, ont créé les conditions d’une guerre sans fin.

04 janvier 2009

Le bonheur à la place du PIB?

« Désormais, les décideurs politiques font tout pour comprendre ce qui rend les gens heureux et comment ils peuvent y contribuer, écrit Newsweek (1). Des pays aussi différents que le Bhoutan, l’Australie, la Chine, la Thaïlande et le Royaume-Uni élaborent des « indices du bonheur » afin de les utiliser conjointement au PIB pour mesurer le progrès de la société. » Cette nouvelle mode politique pose malgré tout un sérieux problème selon le magazine américain : « Peu importe que les principaux spécialistes internationaux du domaine se soient demandé lors d’une conférence si le bonheur était mesurable »…
Le bonheur est tout sauf une idée nouvelle. L’idée que le bonheur est la pierre angulaire de tout désir humain vient d’une constatation a priori simple des premiers philosophes. Ainsi si l’on demande à l’être humain ce qu’il veut, il répondra, « Mon bonheur et celui des gens que j’aime ». Personne ne déclarera « Je cherche le malheur », c’est-à-dire le contraire de ce que je considère être ce que je désire. Cependant, cette constatation doit être immédiatement tempérée par une autre. En effet, si l’on demande à l’être humain si ce qu’il espère obtenir sur Terre est un état parfait de plénitude, il répondra par la négative en indiquant qu’il cherche « simplement » le mieux qu’il puisse obtenir de cette vie. De ce fait, il indique qu’il ne croit pas au bonheur tel qu’il est défini par la philosophie et qu’il connaît plus ou moins les réalités de la vie. De ce point de vue, l’être humain adopte une vision raisonnable de la vie. Néanmoins, il estime également – largement conditionné par les idéologies dominantes - que le mieux peut être toujours amélioré qualitativement et quantitativement. D’où la résurgence du concept de bonheur absolu (Attention, il ne faut pas confondre le bonheur, état d’une durée infinie et des instants de joie que certains ont tendance à qualifier d’instants de bonheur. Par définition, le bonheur ne peut pas être une séquence temporelle définie).
C’est Aristote qui fait du bonheur le centre de la recherche existentielle de tout individu. Mais cela demeure une quête individuelle. Puis, le XVIII° siècle a ajouté deux éléments déterminants au bonheur en le faisant passer de ce caractère strictement individuel à un caractère collectif et en lui donnant un aspect essentiellement (mais pas uniquement) matériel. La Révolution française accentuera ce passage de l’individuel au collectif.
Ainsi, les textes fondateurs de deux des principaux systèmes politiques en vigueur dans cette première partie du XXI° siècle font expressément références au bonheur. C’est d’abord le cas de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, en France, toujours en vigueur dans la Constitution de la V° République, qui parle du « bonheur de tous » (La Constitution de 1793 allait plus loin puisque son préambule contenait l’affirmation suivante : « (...) Afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur... » et, surtout, son article premier était libellé comme suit : « Le but de la société est le bonheur commun »). De même, la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique affirme très clairement que, parmi « les droits inaliénables » de l’homme, se trouve « la recherche du bonheur ». Et le gouvernement américain doit garantir ce droit au bonheur pour être un gouvernement respecté.
Même si le bonheur a investit le champ politique stricto sensu, il reste néanmoins et avant tout un état individuel, notamment pour l’ensemble des idéologies modernes dominantes (issues massivement des révolutions libérales américaines et françaises ainsi que des théories des philosophes qui ont été leurs inspirateurs). Ce que ces régimes politiques affirment pouvoir offrir sont les conditions à son accomplissement. Mais cela revient au même. Offrir les conditions d’accomplissement du bonheur, c’est reconnaître que le bonheur existe, c’est proposer le bonheur comme but à atteindre.
La « redécouverte » du bonheur aujourd’hui par de nombreux économistes relayés par des psychologues et des philosophes n’apporte rien de nouveau sauf que celui-ci est appelé à la rescousse pour être une valeur alternative au PIB, à cet indicateur qui mesure la richesse, l’accumulation matérialiste qui est devenue le paradigme de nos sociétés. En même temps, les économistes redécouvrent l’utilitarisme de Jeremy Bentham ainsi que l’individu n’est pas uniquement mû par une volonté d’accumulation de biens extérieurs mais aussi par une recherche d’une vie meilleure qui ne passe pas que par des critères économiques. Tout d’un coup, on redécouvre également que la nature du capitalisme, pour pouvoir vivre et se développer, est de constamment susciter des envies matérielles auprès des individus sans se préoccuper si cela leur apporte le moindre contentement profond. Et l’on se rappelle que le marketing est une idée inventée par le gendre de Freud dans les années trente aux Etats-Unis afin d’optimiser les ventes par la création de désirs artificiels au moment où les industriels se demandaient comment ils allaient faire pour écouler leurs productions de masse à l’heure du taylorisme (n’oublions pas que Henry Ford préconisait des salaires élevés pour tous afin de faire tourner la machine industrielle et celle des profits).
Depuis une décennie, les travaux « scientifiques » se sont multipliés et les études – avec chacune leurs propres critères – tentent de dire qui est heureux et qui ne l’est pas. Ainsi, certains « chercheurs du bonheur » sont parvenus à situer l’endroit le plus heureux de la Terre ! Ce serait la petite ville danoise de Ringkøbing… De même, l’homme le plus heureux de la planète serait, grâce à l’étude de son cerveau par des neurobiologistes, le moine bouddhiste français Matthieu Ricard, fils de Jean-François Revel… Et, selon que l’on prend les critères qui les arrangent, les auteurs placent les gens les plus heureux au Danemark ou au Vanuatu ! Fermez le ban.
Fort bien. Mais le bonheur peut-il être cette recherche alternative au matérialisme ? La réponse est négative. D’une part parce que le bonheur coexiste sans aucun problème avec le matérialisme depuis près d’un siècle voire plus. D’autre part parce ce qu’il faudrait savoir ce qu’est le bonheur. Au-delà de la définition d’un état de plénitude constant et infini qui n’est guère atteignable, il est aussi perçu de manière différente par chaque individu pour qui le bonheur personnel correspond à des critères et des sensations à la fois propres et mouvantes comme le montre l’idée que c’est toujours par rapport à l’autre que l’on se positionne pour savoir si notre vie est meilleure qu’auparavant ou s’améliore (c’est la différence de niveau de vie avec son voisin qui est le critère primordial plutôt que l’amélioration objective de notre condition matérielle). Ecoutons Kant à ce sujet : « Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’à tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience; et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or, il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement. (...) Il n’y a donc pas à cet égard d’impératif qui puisse commander au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination, fondé uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu’ils puissent déterminer une action par laquelle serait atteinte la totalité d’une série de conséquences en réalité infinie... »
Mais, même si le bonheur pouvait exister et pouvait réellement être mesuré, il serait plus dangereux qu’autre chose comme ciment social. En effet, il s’agit d’une notion fondamentalement égoïste, qui ne fait qu’opposer les êtres humains entre eux, la recherche du bonheur se faisant contre celle de l’autre et ce bonheur se bâtissant inexorablement sur le malheur d’un autre. Une société où la possibilité d’acquérir le bonheur existerait, serait infiniment violente. La recherche du bonheur est une des raisons de l’individualisation grandissante de nos sociétés développées. Chacun pour soi et le bonheur en plus pour les plus forts. En matière d’utopie, la véritable valeur ciment social absolu et sans rapports conflictuels entre les individus c’est l’amour, c’est-à-dire le respect, la tolérance et la solidarité partagés. On ne partage pas son bonheur, on partage son amour. La joie et le bien-être propre à la vie dans l’amour sont bien plus forts que de vivre dans la recherche du bonheur, cette recherche, encore une fois, étant une quête sans fin.
Le bonheur n’est pas donc un indice pertinent pour calculer l’état de développement et de progrès d’une société. En revanche, le « bien être général », notion développée par certains économistes, est un indice beaucoup plus intéressant car il permet de mesurer des états de satisfaction beaucoup plus concrets, une « qualité de la vie ». Celui-ci a été défini récemment par le leader du parti conservateur britannique, David Cameron : « Nous devons désormais consacrer toute notre énergie au BEG, le bien-être général (« general well-being ». Cela implique de reconnaître les facteurs sociaux, culturels, moraux qui donnent un vrai sens à nos vies. Cela implique, en particulier, d’assurer un environnement durable et de bâtir des sociétés plus fortes. Et, oui, cela implique d’admettre que l’argent n’est pas tout et que la qualité de la vie est plus importante que la quantité d’argent ».
Bien entendu, on comprend que cet indice doit être affiné pour rendre compte d’une meilleure qualité de la vie d’autant que cette qualité est souvent dépendante du revenu des individus ou d’une société… De plus, diaboliser l’argent – qui est une posture assez systématique des défenseurs du bonheur - est une drôle d’entreprise car celui-ci n’est qu’un moyen d’échange mis en place lorsque la spécialisation des individus et des sociétés a permis un essor dont nous bénéficions encore largement aujourd’hui. Il suffit seulement de remettre l’argent à sa place comme moyen et non comme fin. Reste que l’idée de David Cameron que « le bien-être général pourrait être le concept politique déterminant du XXI° siècle » est à creuser. Car si cette prédiction se révélait exacte, on reviendrait ainsi à des sociétés qui se préoccuperaient plus de leur lien social que leur accumulation matérielle. On peut rêver !

(1) De Londres à Pékin, l’idée du bonheur fait son chemin par Rana Foroohar, Newsweek 2007

03 janvier 2009

Une troisième guerre mondiale pour des femmes?!

« Je donnerais toutes mes filles pour retrouver mon fils », affirmait en pleurs cette mère de famille chinoise dont le fils avait disparu. Lors de cette déclaration à la télévision, elle était entourée de ses cinq filles qui, par leur silence, semblaient l’approuver. Et comment n’approuveraient-elles pas cette réalité sociale qui remonte à la nuit des temps. Les vieux dictons sont là pour nous en rappeler tout le profond enracinement, tout autant que cette déclaration nous en rappelle la tragique actualité au XXI° siècle. Ainsi « mieux vaut un fils handicapé que huit filles en bonne santé » parce que « élever une fille revient à arroser le jardin du voisin », celle-ci, une fois mariée, partant dans la famille de son mari et s’occupant alors de ses parents. J’ai une amie chinoise qui vit à Paris et qui s’en va chaque année voir ses parents dans le Shandong pour s’occuper d’eux. Mais si elle le fait, c’est parce qu’elle est divorcée et non pas parce qu’elle ne respecte par les traditions… Car une fille non mariée doit s’occuper de ses parents.

Le « handicap » d’avoir une fille dans certaines sociétés comme la société chinoise ou la société indienne ne serait qu’un fait culturel tragique induisant des comportements parfois criminels s’il ne menaçait pas la stabilité mondiale. Car, les conséquences risquent d’être beaucoup plus tragiques encore. Si l’on se réfère aux statistiques actuelles, il va y avoir, dans les années qui viennent, trente millions de Chinois qui ne trouveront pas de femmes et plus de soixante millions d’Indiens dans le même cas. Cela fait plus d’une fois et demie la population française ! Et encore ces chiffres sont sans doute sous-évalués car ne prenant en compte que deux pays aux statistiques imprécises en la matière, certes les plus peuplés de la planète, alors que la « surabondance » de garçons touche plusieurs autres du continent asiatique comme l’Afghanistan, la Pakistan, le Népal ou la Corée.

Au-delà d’une certaine compassion pour ces millions d’hommes qui devront demeurer seuls toute leur vie et de ses femmes qui vont subir une pression sociétale et physique de plus en plus forte, se pose la question de savoir comment on peut aire vivre des hommes dans une existence totalement déséquilibrée et, surtout, qu’ils n’ont pas choisie, pire, qu’ils subissent. On peut poser la question différemment : où vont-ils trouver des femmes ?

Car les enquêtes montrent qu’une société où il manque des femmes est une société plus violente, plus criminelle et plus dangereuse pour les femmes. Pour les femmes qui vivent dans cette société mais aussi toutes celles, étrangères, qui peuvent être victimes d’un trafic d’êtres humains allant de l’enlèvement pour le mariage à celui pour la prostitution. De même, un pays qui manque de femmes possède une armée plus nombreuse car le « surplus » d’hommes est généralement dirigé vers le métier de la guerre par les gouvernants pour canaliser leur agressivité vers l’extérieur de la société. Et cette dernière devient, de fait, plus agressive vis-à-vis de l’extérieur, lorgnant souvent les femmes qui vivent dans d’autres pays. L’histoire nous apprend d’ailleurs que des guerres se sont déclenchées pour le simple motif qu’il fallait aller chercher des femmes ailleurs. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas être indifférents à la tragédie qui est en train de fermenter dans ces pays. Au-delà du déséquilibre qui risque de les affecter, c’est notre sécurité qui est aussi en jeu.

02 janvier 2009

Faut-il croire l'information?

L’être humain est un communicant. L’espèce humaine communique. L’être humain se définit par un certains nombres de facteurs dont l’existence d’un langage complexe qu’il peut partager et d’une transmission culturelle par la parole et par l’écriture. D’où, évidemment, l’importance de la communication. D’où l’importance de savoir qu’est-ce que l’on communique.

Car, que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère publique, nous communiquons selon de nombreux critères qui ne sont pas toujours, loin de là, la transmission d’informations exactes. Nous communiquons ce que nous voulons et ce que nous pouvons.

Le langage nous libère mais son utilisation peut nous enchaîner et nous tromper. La communication nous est donc indispensable pour notre condition d’humain mais elle possède cette double face où le langage peut être utilisé pour tromper et déformer la réalité. Néanmoins, cette déformation, à la différence de la tromperie, peut ne pas être volontaire.

Par ailleurs, pourquoi l’être humain dit la « vérité » (c’est-à-dire ce que, réellement, il croit, il pense, il a vu, il a entendu, ce qui est selon lui dans une démarche d’honnêteté) et pourquoi ment-il ? Quelles sont les raisons qui font qu’il dise la vérité ou qu’il mente ? Est-il enclin naturellement à dire la « vérité » ou à mentir ? Agit-il simplement dans son intérêt ou dans une volonté d’être « vrai » ?

N'oublions pas que le mensonge fait partie de la vie et, notamment, de la vie sociale. Dire la "vérité" tous les jours, à tout instant est une impossibilité, voire considéré comme une perturbation de l'ordre (familial, social, amoureux, amical, etc.). N'est-ce pas Socrate?!

N’oublions pas aussi l’ignorance. Souvent l’être humain parle sans savoir, affirme sans connaître. Parfois, il est sincère dans son ignorance, parfois il connaît son ignorance mais veut démontrer qu’il sait ou veut donner une opinion, émettre un jugement sur une question même s’il ne la connaît pas.

Dans nos sociétés la communication est partout : information, publicité, propagande, etc. Les flux de cette communication fonctionnent en continu, nous abreuvant d’informations. Elles viennent de médiateurs aux statuts différents mais elles sont entremêlées et souvent indémêlables. Dans cet environnement médiatisé où tout le monde communique, où de nombreux vecteurs transportent de l’information, où est la réalité ? Allons plus loin, dans ce magma où tous les coups sont permis, peut-on connaître la réalité ? Et, question subsidiaire, qui a intérêt à nous faire connaître la réalité ? Dernière interrogation : est-ce important de connaître la réalité ?

La communication tue l’information entend-on souvent. Faudrait-il encore qu’il y ait de l’information.

Prenons un exemple simple et réel. Il y a quelques années, un terrible tremblement de terre secoua la Turquie. Il fit de nombreux morts et dégâts. Mais, comme toujours en pareille catastrophe, des « miracles » comme les aiment les médias eurent lieu. Ainsi, on retrouva deux personnes ensevelies depuis plusieurs jours sous les décombres d’un immeuble. Cette découverte fut expliquée de la manière suivante par les chaînes de télévision. Première chaîne : les personnes ont pu survivre en buvant de l’eau ruisselante qui provenait des lances de pompiers qui avaient éteint un incendie. Deuxième chaîne : les personnes ont pu survivre en buvant de l’eau ruisselante provenant de pluies qui sont tombées après le tremblement de terre. Troisième chaîne : les personnes ont pu survivre car elles se trouvaient près d’un réfrigérateur qui contenait des bouteilles d’eau minérale. Quatrième chaîne : les personnes ont pu survivre car elles se trouvaient près d’une canalisation d’eau qui s’était rompue pendant le tremblement de terre et qui laissait l’eau s’échapper. Cinquième chaîne : les personnes ont pu survivre car se trouvait à proximité une infiltration d’eau due à une nappe souterraine. Pour ce simple fait qui ne bouleversera pas l’ordre du monde, cinq versions (ou peut-être plus). Toutes crédibles. Que s’est-il vraiment passé ? Nous ne le saurons sans doute jamais (peut-être même que les rescapés et les secouristes ne le savent pas eux-mêmes). Certains diront, avec raison, que l’information importante était le sauvetage de ces deux miraculés. Néanmoins, la raison de leur survie est indissociable de leur condition de miraculés, ce qui dans des événements plus graves comme la raison d’une guerre ou d’une décision politique devient une information capitale.

Nous pouvons donc dire que cela est fort regrettable et à plus d’un titre. Cela nous prouve que nous avons du mal à connaître une réalité que nous n’avons pas vécu en en étant les témoins oculaires ou les participants. Car, pour savoir ce qui s’est passé, nous nous en remettons à des professionnels que nous payons pour nous le raconter. Or voici que ceux-ci (dans le cas présent au moins quatre si ce n’est cinq !) nous ont raconté une contre-vérité, voire un mensonge. Tout ce que nous savons de cet événement est que des personnes sont sorties indemnes du tremblement de terre après plusieurs jours sous les décombres d’un immeuble. Or, dans d’autres cas similaires de fausses informations, nous ne sommes même pas capables de savoir si un événement a eu lieu ou non.

Alors, l’important, devant cette situation est la lecture morale que nous en faisons.

Prenons ainsi comme postulat que quel que soit la réalité des faits, l’important est que nous nous positionnions vis-à-vis de ceux-ci par rapport à nos valeurs en nous créant une opinion issue de celles-ci et se basant sur notre définition du bien.

Ce postulat permet d’émettre une opinion « indépendamment » de la réalité des événements, c’est-à-dire de ce qui s’est vraiment passé. Celui-ci est d’autant plus utile que les médiateurs chargés de nous rapporter et nous narrer les événements deviennent de moins en moins crédibles. Dans notre ère de communication globale, il n’y a plus de distinction véritable et vérifiable entre les diverses branches du secteur de la communication autrefois bien plus distinguables les unes des autres : la communication (individuelle, publique, de structures diverses) l’information (des médias), la promotion (dont la publicité) et la propagande. Avec la multiplication quasi-exponentielle des sources et la sophistication de la communication - dont use, en particulier, la propagande -, il est désormais impossible de s’en remettre à une source identifiable et reconnue pour être assuré de son « objectivité », c’est-à-dire de son honnêteté dans le traitement de l’information à faire passer et que cette honnêteté, à défaut d’être le reflet de la réalité, s’appuie sur un travail sérieux qui permette de dégager une vision de la réalité la moins déformée possible.

Devant cette situation qui est la conséquence de la démocratie (liberté de parole), des progrès de l’instruction et des formidables bonds de la technologie, nous devons adopter cette règle : ce n’est pas la réalité qui est déterminante mais notre réaction morale vis-à-vis d’une information délivrée par la machinerie communicante.

Si ce postulat ne nous permet pas de voir le « vrai » monde tel qu’il est, au moins nous permet-il de nous mouvoir dans celui-ci avec nos valeurs, ce qui est primordial.

Un premier écueil survient cependant dans cette option. Pour notre système de valeurs, il est vrai que la véracité d’un fait ou non est peu important, ce qui nous permet d’évacuer la difficulté d’estimer la véracité de l’information reçue. N’empêche, ceux qui sont parties prenantes – ou, au minimum, une des parties prenantes - à un fait conflictuel, par exemple, ont eux un intérêt évident à ce que la réalité en soit démontré. L’innocent a tout intérêt à faire reconnaître son innocence. La victime, son agression. Mais, à l’inverse du coupable et de l’agresseur, qui ont le même intérêt de se poser en innocent ou en victime, l’innocent et la victime ont la légitimité pour cette demande et, évidemment, le droit à se faire reconnaître innocent ou victime. D’un point de vue éthique, nous ne pouvons nous contenter du « cas d’école » qui nous permet d’émettre une opinion. Néanmoins, cela implique que nous entreprenions une enquête, qui devra parfois être approfondie, pour tenter de mettre à jour un modèle aussi proche que possible de la réalité vécue par les protagonistes de ce fait. Théoriquement, cette enquête devrait être alimentée par la presse. Or, celle-ci pour de nombreuses raisons où sa responsabilité n’est pas forcément engagée, ne peut y répondre dans de très nombreux cas.

Un deuxième écueil provient du message qui soutient la machinerie communicante et son orientation. Ainsi, la délivrance d’une information permet de rendre positif ou négatif son objet. Ce qui n’est pas rien en matière de propagande politique ou de publicité pour un produit ou une marque. Le décodage de cette information peut devenir indispensable en termes de choix ou de positionnement factuel et même de vision du monde. Ainsi, réagir à un événement dramatique permet à nos valeurs de s’affirmer. Mais si nous croyons à tort à la responsabilité d’une personne, d’un groupe ou d’une communauté, cela peut aussi modifier notre vision du monde et notre engagement politique. Ici, on peut faire intervenir les multiples sources qui deviennent alors une aide pour les personnes. Ainsi, on peut supposer que dans une démocratie (seul système politique qui multiplie les sources), il y aura des contradicteurs à une affirmation. Toutes ces contradictions permettront de cerner les enjeux de cette information.

Mais il existe un troisième écueil, souvent bien plus ardu à résoudre et qui concerne la grille de valeurs que nous utilisons. Celle-ci, définie par notre vision du bien, peut entrer en conflit avec une autre grille de valeurs définie par une vision différente du bien. La dualité résistance/oppression est en général un bon exemple de cette dualité des grilles de valeurs. Le libérateur peut être l’oppresseur pour l’autre, de même que le résistant peut être le terroriste pour l’autre. Un autre exemple vient de la différence de « cultures ». Néanmoins, dans cette opposition entre deux « biens » relatifs, il est souvent possible de déterminer un bien de « base » qui permettra de déterminer la bonne vision morale de l’événement.

Allons plus loin dans notre recherche de la réalité. Nous sommes donc assez démunis pour connaître la réalité présente. Pouvons-nous appréhender la réalité passée grâce à l'histoire et ainsi nous faire une idée de la réalité présentée non-événementielle ?

La première remarque est que l’histoire (comme toutes les sciences) est produite par la main de l’homme et est limitée par ses capacités. Dès lors, il n’y a pas une Histoire mais des regards différents sur un passé. L’Histoire n’est pas objective. Elle tend à raconter des événements passés sous le prisme d’un regard, celui de l’historien. Même si celui-ci désire retracer ce qui s’est réellement passé « sans préjugés », il ne le peut de par sa subjectivité et du point de vue où il s’est placé. Mais, de plus, il ne dispose que de documents humains qui sont aussi imparfaits et partiaux que notre vision de l’actualité.

Les grandes énigmes historiques que le grand public adore démontrent cette difficulté à connaître la réalité du passé. L’Histoire est donc un enseignement moral au sens large. Et comme elle est le plus souvent écrite par les vainqueurs et qu’elle tend à démontrer sinon un « sens » du moins une thèse sur la formation du présent, elle est parasitée par le politique.

Evidemment, le monde est plus complexe. Comment, en effet, apprécier un fait qui n’est que la résultante d’un autre et celui-ci de toute une chaîne de faits dont certains n’ont plus de responsables ou des responsabilités unique. Si une personne devient un résistant (terroriste) à une oppression (libération), cette oppression (libération) réponde peut-être un fait qui pour le résistant / terroriste était la situation normale, voire même une libération alors que pour l’oppresseur / libérateur, elle était justement une raison d’intervenir pour faire cesser une oppression. De même, cette situation antérieure peut être perçue différemment selon ces visions.

Une première conclusion (provisoire ?) est que nous devons apprécier les événements de l’actualité et de l’histoire de deux façons. D’une part, avec notre grille de valeurs, c’est-à-dire avec nos émotions qui est à la base de notre capacité d’indignation envers l’injustice. D’autre part, avec un scepticisme toujours en éveil, c’est-à-dire avec notre raison et notre volonté de savoir sans prêter le flanc à toutes les manipulations possibles. Parvenir à cette double-appréciation des événements n’est pas aussi simple que cela paraît. C’est un travail constant de relativisation et de remise en cause de l’information (au sens large) mais aussi de notre perception. Car, il nous est souvent agréable de penser que nous sommes dans la raison alors que nous sommes demeurés uniquement dans l’émotion…

Le paradoxe de l’automobile : l’acheter et ne pas s’en servir !

Le paradoxe de l’automobile est une des manifestations les plus caractéristiques de l’inconséquence politique de ces trente dernières années qui prend un tour encore plus ubuesque actuellement avec la crise économique et financière mondiale où l’industrie automobile est en péril partout dans le monde et où tous les gouvernements annoncent, chacun à leur tour, un plan de soutien et de relance du secteur. Ce paradoxe peut se résumer à cette formule : « Pour être un bon citoyen, il faut acheter une voiture mais ne pas s’en servir » !

Détaillons. Tout citoyen responsable se doit d’acheter une voiture afin de faire fonctionner les usines et de donner du travail aux ouvriers, puis de donner du travail aux vendeurs de voitures, aux réparateurs de voitures, aux pompistes, aux employés d’autoroutes et à un certain nombre de « parasites » automobilistiques comme les contractuels, les employés des fourrières et les poseurs de pub sur les pare-brises. Cependant, une fois que notre citoyen responsable a acquis sa voiture, il doit louer ou, mieux, acheter une place de parking pour y mettre son nouveau bien et ne jamais s’en servir pour aller au boulot, pour emmener les enfants en classe, pour partir en vacances ou pour faire ses courses afin d’éviter les embouteillages qui paralysent le pays et qui polluent énormément, sans parler des nuisances sonores. D’autant qu’il fera des économies d’énergie ce qui permettra de ne pas plomber la balance des paiements et qu’il ne creusera pas le trou de la sécurité sociale en causant des accidents de la route. Il ne faut pas qu’il oublie, malgré tout, de prendre une assurance, même si sa voiture ne roule pas, afin de ne pas précipiter la faillite de toutes les grandes compagnies d’assurance et qu’il continue à acheter des revues automobiles. De temps en temps, il aura la bonne idée de siphonner son réservoir (mais pas de mettre en route son moteur, respect de l’environnement oblige) afin d’aller chercher de l’essence en transport en commun muni de jerricans. De temps en temps, également, il poussera sa voiture pour la garer sur des emplacements interdits afin de participer au budget de sa commune. Et il ne faut pas qu’il oublie de changer sa voiture tous les deux ans afin de faire fonctionner les usines et patati patata. Enfin, on ne saurait trop conseiller à ce bon citoyen responsable d’acheter une deuxième voiture pour sa femme, une troisième pour sa fille et une quatrième pour son fils pour résoudre le chômage. Et autant de places de parking pour résoudre la crise de l’immobilier. Mais peut-être pas autant de jerricans car ceux-ci sont sans doute « Made in China »...

Quel que soit le comique de la situation, c’est drôle à en pleurer ! Le paradoxe de l’automobile constitue ainsi un des meilleurs exemples des dysfonctionnements de nos sociétés à tous les niveaux mais surtout de l’Etat. Car, celui-ci, incapable de se projeter dans l’avenir fonctionne exclusivement ou presque à court terme. De même, l’appareil politique, incapable de prendre ses responsabilités prend des décisions incohérentes et totalement contradictoires souvent pour se faire réélire mais aussi par une absence complète d’une vision responsable des défis qui se pose à la société. D’un côté, il faut faire exister un secteur économique, voire même l’aider comme c’est le cas actuellement, tout en demandant au citoyen de participer à ce « civisme » (remplacer sa vieille voiture grâce à une prime à la casse, par exemple) et en l’encourageant, ensuite, à ne pas se servir de l’automobile qu’il vient d’acquérir au nom d’un autre « civisme ». Mais le bon citoyen, lui aussi, participe de ce paradoxe en élisant ce même personnel politique irresponsable, en achetant des voitures tout en se disant très concerné par les problèmes de pollution et de réchauffement de la planète tout en fustigeant les méchants industriels qui lui permet de polluer sans grands états d’âme en ayant trouver des boucs émissaires…

Et au moment où l’on devrait enfin pouvoir dire « la voiture est morte, vive la voiture ! » en décidant de laisser mourir cette vieille automobile polluante grâce à la crise qui s’établit partout dans le monde pour en créer une nouvelle propre et durable, ne voilà-t-il pas que tous les gouvernements du monde viennent au secours de la vieille automobile au lieu de permettre à cette nouvelle automobile de naître. Partout on subventionne les constructeurs automobiles qui n’ont pas su ou voulu s’adapter, partout on établit des primes à la casse pour déresponsabiliser le citoyen qui n’en a guère besoin, partout de Pékin à Paris, de Washington à New Delhi.

L’être humain, individuellement et collectivement, a toujours eu du mal à bâtir du durable. De même, il a pratiquement toujours était incapable de s’adapter à l’avenir en douceur estimant que ce qui ne relevait pas du jour même pouvait attendre le lendemain même si celui-ci était trop tard. Bien sûr, de l’autre côté, il y a toujours eu des oiseaux de malheur pour surfer sur les angoisses collectives et pour prédire la fin du monde qui, pour autant que nous puissions le juger, n’est pas encore arrivée malgré tous les faire-part de décès qui nous ont été adressés au fil des siècles.

Reste que la « paradoxe de l’automobile » a un dindon de la farce, l’automobiliste. Sans être pour le moins du monde populiste, remarquons que le citoyen conducteur (le « citoyen vache à lait » diraient certains) est le seul à payer tout le temps : en achetant la voiture ; en payant des impôts qui se transformeront en aides et subventions publiques ; en payant son essence, son assurance, ses contrôles techniques, le remplacement des pièces défectueuses, les révisions, le dépannage en cas de panne ; en s’acquittant des péages d’autoroutes, des stationnements payants, des amendes de toutes sortes et ainsi de suite. Sans oublier, par exemple, les impôts qui payent les hôpitaux publics où on se fait soigner après un accident de la route. Et en retour, on lui explique qu’il est un mauvais citoyen qui est en train de détruire la planète !

Il y aurait un bon côté si le « paradoxe de l’automobile » avait permis à la société d’apprendre une bonne leçon. Malheureusement, les politiques, les industriels et les citoyens sont toujours aussi irresponsables devant les défis du présent et du futur. Dès lors, il n’est pas un phénomène exceptionnel mais bien le fonctionnement normal de nos sociétés. Et là, nous avons de quoi être inquiets pour notre avenir !

01 janvier 2009

L’inévitable guerre, à moins que…

Ce jour, comme hier et comme demain, de nombreuses personnes vont mourir dans des conflits qui ensanglantent le monde aux quatre coins de la planète, de l’Afghanistan au Congo, de la Colombie à la Somalie et dans lesquels, nous l’oublions souvent, nous sommes, nous, Européens et Occidentaux, directement impliqués. Depuis que l’Humanité existe, il y a eu plus de jours de guerre que de jours de paix ! La guerre est donc la gestion du conflit préférée des êtres humains… Cette réalité désespérante risque de perdurer et peut-être même de s’amplifier dans les décennies à venir, faisant du XXI° siècle, un siècle tout aussi sanglant que le précédent pourtant peu économe en vies humaines sur les champs de bataille et dans les ruines des cités. Car les motifs pour faire la guerre vont se multiplier et leur importance pourrait bien balayer nos belles valeurs humanistes. Au-delà de tous les conflits existants, le manque d’énergie sera peut-être la cause des premières guerres du siècle nouveau. La raréfaction de l’eau potable, le manque de nourriture, l’exigüité du territoire, le nombre de femmes insuffisantes dans des pays comme l’Inde ou la Chine sont autant d’autres motifs déclenchant. Sans parler d’une possible guerre de religion. Et sans oublier que le terrorisme pourrait disposer d’armes de destructions massives à plus ou moins long terme. A moins que la crise économique et financière mondiale ne se prolonge et soit le terreau de troubles sociaux puis de régimes autoritaires comme ce fut le cas en 1929 avec, au bout, la deuxième guerre mondiale, le conflit le plus meurtrier de toute l’histoire de l’humanité, il y a, à peine, soixante-trois ans…

Dès lors, la question n’est peut-être pas de se demander s’il y aura une nouvelle grande guerre mais quand et où. Et ce « où » pourrait bien impliquer encore plus directement le monde occidental dans lequel nous vivons bien plus qu’il ne l’est actuellement dans les guerres où l’Europe et les Etats-Unis sont engagés (Irak, Afghanistan, Darfour, Congo, etc.). Bien sûr, le pire n’est jamais sûr mais l’expérience des siècles passés, voire des millénaires, doit nous encourager, au minimum, à nous préparer à la possible survenance d’un nouveau conflit même si les optimistes notent que, jusqu’à présent, aucune guerre n’a mis aux prises des démocraties, ce qui devrait limiter les risques d’embrasement en Europe. Pour le moment.

Y a-t-il une chance que le scénario catastrophe ne survienne pas ? Cette chance, malheureusement, ne se trouve sans doute pas dans notre amour du prochain, ni dans notre sagesse en dépit de ce que croient tous les idéalistes qui prônent un changement de nos comportement et de nos manières de vivre. La peur d’une guerre atomique peut être un repoussoir mais jusqu’à quel niveau de haine ou de désespoir ? En revanche, la sauvegarde de la paix peut se trouver dans l’ingéniosité humaine, dans l’innovation. Il n’est pas question ici de foi aveugle et inconditionnelle dans la science et la technologie humaines. Non, il s’agit simplement de l’espoir que l’être humain sera capable de trouver des solutions dans ses capacités d’innovation technique car, pour ce qui des innovations politique et sociétale, il y a tout lieu de se montrer très pessimiste, non pas sur ses capacités à en conceptualiser mais dans celles de les mettre effectivement en œuvre. Parions sur le génie technologique de l’être humain plutôt que sur sa sagesse pour avoir une chance de nous en sortir. Ce qui ne nous empêche pas, bien sûr, de continuer le combat pour que les êtres humains comprennent que leur intérêt commun est de consacrer toutes leurs énergies non pas à détruire ce qu’ils ont construit mais à le protéger, à l’améliorer et à le partager. Une révolution par l’amour et la sagesse qui ne semble pas encore être leur préoccupation première …