Bonjour! Sur ce blog vous trouverez des textes reflétant ma vision de la vie, mes réflexions sur des sujets divers et variés ainsi que mes opinions politiques et ma façon de voir la politique.

21 novembre 2009

Etats-Unis et Chine, un G2 aux pieds d’argile

Or donc, les Etats-Unis et la Chine seraient le nouveau couple maître du monde. Pour signifier cette position dominante, les experts ont vite inventé un nom, le G2, le groupe des deux superpuissances qui va dominer ce début de XXI° siècle. Une place que les Etats-Unis occupent maintenant depuis le début du XX° siècle et que la Chine récupère après près de deux cents ans d’absence sur le devant de la scène mondiale.

Personne ne peut nier l’importance de ces deux nations et bien fou celui qui affirmerait le contraire. Néanmoins, au-delà de la véracité ou non de l’existence d’un gouvernement mondial sino-américain au jour d’aujourd’hui, ce tandem n’est certainement pas aussi fringant que l’on veut bien le dire.

Pour les Etats-Unis, l’analyse semble être partagée par la plupart des experts. Le pays est en proie à de très nombreuses difficultés notamment en matière économique et financière. Néanmoins, prononcer son éloge funèbre serait totalement prématuré et, surtout, méconnaître ses capacités à rebondir. Quoique l’on entende ici ou là, il demeure encore la première (et la seule) puissance globale du monde. De plus, dans les laboratoires de Californie ou du MIT à Boston se prépare déjà la nouvelle révolution technologique qui devrait avoir, entre autres, la couleur du vert, la grandeur des nanotechnologies et les connexions de la toile.

Pour la Chine, l’analyse semble être diamétralement opposée. Face à une Amérique en déclin, voici le fier et puissant Empire du Milieu qui va rétablir sa domination dans les décennies à venir grâce à cette formidable expansion économique qui lui permettra de propager sa vision du monde et sa culture à l’instar des Etats-Unis au XX° siècle. Pourtant, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour dire que la Chine n’est peut-être pas ce que l’on croit. Le miracle économique a bien eu lieu mais il est assis sur une poudrière sociale, environnementale et financière. Plus grave, le plan de relance de l’économie a accentué les déséquilibres structurels de la machine productive (trop d’exportations, pas assez de consommation intérieure, construction d’infrastructures pléthorique, absence de couverture sociale adéquate, bulles financières et immobilières, corruption sur une très large échelle, etc.). Sans oublier toutes les réserves que l’on doit avoir sur les statistiques chinoises qui ont plus une fonction politique qu’économique et qui ne permettent pas d’avoir une vue aussi claire que l’on veut bien le dire de la croissance réelle du PIB. Néanmoins, les Chinois ont montré leurs capacités à initier un des plus extraordinaires développements économiques de l’histoire et ils ont sans doute celle de corriger la trajectoire qui peut les mener dans un mur. Encore faut-il qu’ils en prennent réellement conscience et qu’un Parti communiste certes pragmatique mais à l’idéologie totalitaire ait la capacité politique de le faire.

Or donc, ce nouveau couple maître du monde va peut-être dominer ce début de XXI° siècle. Mais ses fondations ressemblent plus à des pieds d’argile qu’à des blocs de béton armé enfouis profondément dans les entrailles de la terre. Et elles vont être une menace redoutable pour la stabilité de la planète. Il serait donc bien peu sage de se reposer uniquement sur des fondations aussi peu solides…


Alexandre Vatimbella

22 septembre 2009

Tout peut-il recommencer comme avant ?

Les politiques battent leur coulpe et affirment qu’ils seront plus vigilants. Les économistes battent leur coulpe et déclarent qu’ils seront plus sérieux. Les financiers battent leur coulpe et jurent qu’ils seront moins avides. Mais au-delà de ces déclarations, affirmations et serments de circonstances, demain on recommencera comme hier. Bien entendu, on inclura quelques leçons de la crise actuelle. Bien sûr, on fera un peu plus attention au départ (et, encore, rien n’est moins sûr..). Néanmoins, ce sera «business as usual» par la suite. Car sans doute c’est comme cela que marche l’économie de marché, celle qui a besoin du capital pour se financer et de la liberté des acteurs économiques et financiers pour fonctionner. Surtout, parce que les acteurs et les pays dont ils sont issus sont dans une bataille mondiale qui ne s’est pas arrêtée avec les problèmes actuels. Dès lors, faire en sorte de mettre en place les règles normales de contrôle et de régulation qui doivent régir un capitalisme sain dans le cadre d’une concurrence et d’une transparence essentielle à cette propreté des affaires n’est pas pour demain car personne n’en veut vraiment.

La finance n’en veut pas évidemment puisque son intérêt est de pouvoir développer tous les outils qui lui permettent de faire les plus gros profits indépendamment de sa mission première qui est, rappelons-le, de financer l’économie et non pas d’être une machine qui tourne en vase clos. Les entreprises n’en veulent pas parce qu’elles sont impliquées dans un combat mondial où les plus malins sont les gagnants même s’ils ne sont pas les meilleurs. Les Etats n’en veulent pas parce que cela pourrait brider leurs croissances et donc limiter leur développement et le bien être de leurs citoyens-électeurs.

Est-ce à dire que l’Humanité, incapable d’adopter des règles pour assurer un développement harmonieux (ou, à tout le moins, moins sauvage…) coure à sa perte? L’Histoire nous apprend malheureusement que les civilisations, même les plus fortes, peuvent s’effondrer en quelques années, souvent par leur faute et à la suite d’erreurs et de décisions irresponsables. La question est posée mais, à l’inverse des oiseaux de mauvais augure qui pensent que l’être humain est le problème ou, à l’inverse, des défenseurs d’un progrès capable de tout régler selon eux, la réponse demeure ouverte. Tout est encore possible. Espérons que la sagesse devienne une vertu partagée par les décideurs et touche les peuples à travers le monde pour que nous empruntions la route des possibles qui nous mène vers un développement économique dans un environnement de liberté et de concurrence où la régulation permet que celui-ci profite à tout le monde aujourd’hui et demain. Mais il y a beaucoup de pain sur la planche. Le prochain sommet du G20 à Pittsburgh (Etats-Unis) à la fin de ce mois de septembre sera une première indication sur le degré de responsabilité des dirigeants du monde et de leur volonté de mettre en place les outils permettant d’emprunter cette route.


09 juin 2009

A ceux qui croient que le capitalisme a quelque chose à voir avec la morale

La crise économique et financière mondiale, les actifs pourris, les malversations de Bernard Madoff, les parachutes dorés, tout cela n’est qu’une perversion du capitalisme, prétendent certains de ses défenseurs. Ils n’ont rien compris. Le capitalisme n’est qu’une machine économique à produire de la richesse. Rien de plus. Point final. De ce point de vue, il n’est ni moral, ni immoral, non, le capitalisme est totalement et complètement ammoral, c’est-à-dire qu’il ne se préoccupe pas de morale. Ce n’est pas son problème.

La morale, c’est le problème du système politique qui gère la société et donc le système économique. C’est lui qui introduit la morale dans la société ce qui rejaillit sur la gestion capitaliste de l’économie. Et c’est le devoir du système politique d’établir un cadre moral global qui fonctionne aussi mais pas seulement pour la gestion capitaliste de l’économie. Malheureusement, la crise a montré que les politiques ont renoncé à ce rôle. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. D’abord parce que le capitalisme est devenu mondialisé alors que les systèmes politiques sont demeurés nationaux, c’est-à-dire que la pression de l’économique mondialisé sur le politique national a été trop forte pour qu’un pays puisse, tout seul, s’opposer à la toute puissance des acteurs économiques qui préfèrent évidemment fonctionner dans un système sans règles ni régulations au motif que celui-ci allait soi-disant enrichir la planète pour les siècles à venir. Mais ce n’est pas la seule raison. Il y a aussi la corruption, la simple volonté de s’enrichir, l’idéologie de l’argent qui font que beaucoup de politiques ne veulent pas réguler le capitalisme parce qu’ils y trouvent également leur compte d’une manière ou d’une autre. Sans oublier les consommateurs (donc aussi les citoyens) qui recherchant la «meilleure affaire», le «prix le plus bas» et autres concepts du même genre participent de cette dérégulation de l’économie mondiale.

Rappelons que le libéralisme qui est confondu, à tort, avec le capitalisme, est un système politique qui présuppose la morale pour fonctionner correctement. Et la morale ne peut être introduite que par de la régulation et le contrôle pour permettre l’honnêteté et la vraie concurrence dans le capitalisme. Dès lors, vouloir «moraliser le capitalisme» comme le clament de nombreux hommes politiques populistes et démagogues est un moyen de détourner l’attention du vrai problème: moraliser la société. Une société mondiale fonctionnant sur des valeurs fortes empêcheraient, non seulement, les dérives du capitalisme mais aussi les dérives autoritaires et violentes des pouvoirs en place. N’oublions pas que pour le libéralisme, la promotion du marché à un fondement moral, développer le bien commun.

Ce n’est donc pas à l’économie que l’on doit demander de se moraliser mais à la société, à nous et à nos représentants, d’exiger que la morale de la société s’applique au domaine économique. Tant que nous croirons ou que l’on nous fera croire que le capitalisme peut se moraliser, nous permettrons à ceux qui l’utilisent pour leurs propres fins contre celles de la communauté de se remplir les poches sans être vraiment inquiétés.

05 avril 2009

Les dangers… d’une reprise de la croissance !

Si, demain, la croissance repart, ce ne sera pas forcément une si bonne nouvelle que cela en à l’air…

Rappelez-vous, ce n’est pas encore si loin que ça. Avant la crise économique et financière que nous vivons, on parlait de pollution, de pénurie des matières premières, de crise alimentaire, de possibles confrontations violentes entre les peuples et entre les composantes d’un même peuple et ainsi de suite. Après la crise, si nous ne faisons rien entretemps, si nous ne pensons pas et n’agissons pas différemment, il n’est besoin d’être devin pour affirmer que nous parlerons de pollution, de pénurie des matières premières, de crise alimentaire, de confrontations violentes, etc.

Demain, si la croissance repart le monde sera de plus en plus pollué et nous continueront à gâcher autant qu’aujourd’hui voire plus, d’autant plus qu’une période de crise est toujours une période où les problèmes environnementaux sont délaissés.

Demain, si la croissance repart, les prix du pétrole et du gaz repartiront à la hausse en même temps que leur utilisation alors qu’il n’y en aura toujours pas pour tout le monde et que les énergies alternatives n’auront pas eu le temps de se mettre réellement en place.

Demain, si la croissance repart, l’inflation repartira avec une fuite en avant au risque de faire perdre aux gens une partie de leur pouvoir d’achat et de rendre les plus pauvres encore plus pauvres.

Demain, si la croissance repart, la crise alimentaire repartira car les habitudes alimentaires des pays riches, de nouveau, se diffuseront rapidement dans les pays émergents et seuls ceux qui auront un pouvoir d’achat suffisant pourront se nourrir correctement.

Demain, si la croissance repart, les plus riches s’enrichiront de nouveau et les plus pauvres s’appauvriront de nouveau si rien n’est fait pour mieux distribuer les richesses.

Demain, si la croissance repart, ceux qui n’ont pas grand-chose lorgneront sur ceux qui vont avoir encore plus et les tensions à l’intérieur des pays et entre les pays s’exacerberont de nouveau.

Demain, si la croissance repart, comme il n’y aura pas de matières premières pour tout le monde, ni de nourriture, ni de beaucoup de biens parfois de première nécessité, les pays auront la tentation de se servir de leur force pour sécuriser leurs approvisionnements en la matière au risque d’une conflagration mondiale.

Conclusion : demain si la croissance repart, le monde sera toujours la même poudrière !

Mais tout cela n’est pas une fatalité, heureusement. Nous pouvons imaginer l’après-crise différemment. Mais, attention, ce n’est pas aussi facile que le prétendent les doux rêveurs qui pensent qu’une crise est le bon moment pour tout remettre à plat. C’est comme si, alors qu’il est bombardé dans sa tranchée, le soldat pensait à changer ses comportements ! Sa seule pensée alors est de sortir vivant de l’apocalypse dans laquelle il se trouve. C’est la même chose actuellement pour tous les pays du monde. La seule chose que veulent leurs peuples, c’est sortir de cette crise où ils perdent leur travail, leur maison, leur revenu, leur confort, leur bien être, leur retraite, leur avenir.

Reste que les problèmes d’avant la crise existent toujours et existeront toujours et encore plus après la crise. Ne pas les prendre en compte pourrait nous empêcher de sortir réellement du pétrin dans lequel nous nous sommes mis.

Il nous faut donc des leaders politiques qui, non seulement, soient capables de nous sortir de cette crise mais de ne pas nous faire retomber dans une autre, tout de suite après au risque que le scénario des années trente se répète et que tout se règle avec une bonne vieille guerre mondiale…

Au fait, qui connaît des leaders vraiment capables de prendre correctement en main la planète ?

Alexandre Vatimbella

24 février 2009

Les enfants devront toujours «payer» pour leurs parents… et c’est normal !

Partout, de Barack Obama à François Bayrou, de Nicolas Sarkozy à Angela Merkel, de Gordon Brown à Ségolène Royal, le thème à la mode des leaders politiques, repris par la presse sans véritable esprit critique, est que notre responsabilité envers les générations futures doit être au centre de nos décisions. Ils viennent, tous en cœur, nous expliquer que nous ne devons pas laisser à nos enfants des dettes en tout genre qui mettront en péril leur avenir radieux. Beau thème consensuel d’un monde harmonieux s’il en ait mais particulièrement hypocrite et totalement irresponsable ! Si l’on suit cette logique jusqu’au bout, cela veut dire que nous ne devons jamais agir puisque chacune de nos actions a des conséquences pour le futur, conséquences parfois « négatives » (souvent cette caractéristique étant indécelable au moment de la prise de décision) mais néanmoins incontournables si nous devons construire le présent et le futur. Par exemple, l’idée que nous ne devons pas laisser de déficits des finances publiques voudraient dire qu’il ne faut jamais dépenser en s’endettant dans l’espoir de récolter des fruits meilleurs, alors que l’humanité agit ainsi depuis la nuit des temps parce qu’il s’agit de la seule façon d’améliorer notre existence mais aussi, tout simplement, de la garantir. Car la prise de risque est inhérente à notre présence sur terre. Sans risques, pas de progrès et pas d’amélioration de nos existences. Le risque est à la fois individuel et collectif. Quotidiennement, chacun de nous prend des risques et toute communauté en fait de même. Des risques immédiats mais aussi des risques pour le futur.

Ce thème a une origine, « l’éthique de responsabilité » de Hans Jonas, un philosophe américain d’origine allemande qui était hanté par la responsabilité de nos actions sur le futur et qui préconisait une attitude pessimiste face à l’avenir. Philosophe à la mode dans le milieu des prophètes de la fin du monde, il a notamment inspiré le fameux « principe de précaution » que le démagogue Jacques Chirac a fait inscrire dans la Constitution et dont la plupart des membres de la communauté scientifique estiment qu’il est une hérésie puisqu’il veut éliminer le risque à la base de toute avancée de l’humanité. Cette éthique de responsabilité ressemble fort à de l’irresponsabilité et le principe de précaution à la peur d’agir. Croire en une évolution naturelle du monde qui serait harmonieuse revient à déifier la nature alors que nous nous battons depuis l’apparition de l’humain pour qu’elle ne nous élimine pas…

Vouloir éviter tout risque et tout héritage négatif pour les générations futures est une douce utopie et une négation de la vie. D’autant qu’il nous est le plus souvent impossible de mesurer nos actions sur le futur. Parfois, ce que nous pensons être des actes qui auront des conséquences négatives, en ont des positives et inversement. De même, la science se trompe et ses hypothèses se trouvent contredites par d’autres. Ce que nous ne devions pas faire la veille, devient ce que nous devons faire le lendemain… Les êtres humains ne sont pas Dieu et ils ne maîtrisent pas la vie. Empêcher la prise de risque ne nous aurait jamais fait sortir de la préhistoire et d’une vie végétative où notre seule préoccupation serait la survie… Dès lors, nos enfants devront «payer» pour les bêtises que nous pourrions commettre et… c’est normal ! Oui, c’est normal au sens de normalité - et non dans ce drôle de sens où la normalité signifierait le bien - parce que nous prenons des décisions pour assurer notre vie et celle de nos enfants et que nous pouvons nous tromper. Et que nos parents ont fait de même et que nous payons pour eux qui ont payé pour les décisions de nos grands-parents et ainsi de suite jusqu’aux premiers êtres humains. Prenons le cas de la crise économique et financière mondiale actuelle. Beaucoup de Républicains, aux Etats-Unis, ont affirmé que s’ils n’avaient pas voté le plan de relance de Barack Obama, c’était pour ne pas grever le futur des générations futures avec des déficits abyssaux des finances publiques (en oubliant que c’est parce qu’ils ont refusé d’appliquer des règles de contrôles que la situation financière a dégénéré et qu’ils sont responsables des conséquences sur les générations futures alors qu’ils pensaient, au contraire, assurer leur bien-être matériel pour toujours…). C’est le discours, en particulier, de John McCain, l’ancien adversaire républicain d’Obama à l’élection présidentielle. Mais, si nous ne faisons rien, alors tout va s’écrouler et le futur de nos enfants sera encore plus en danger. Où est l’irresponsabilité ? Dans l’agir ou dans le non-agir ? Ce serait tellement plus facile de ne jamais prendre de décisions, de n’être responsable de rien et de laisser la vie agir à notre place et de dire à nos enfants : « vous voyez, nous n’avons pris aucune décision, nous vous laissons le monde comme nous l’avons trouvé et, surtout, ne touchez à rien ». Il y a fort à parier que quelques générations plus tard l’humanité n’existerait plus. On objectera que l’on a qu’à prendre des décisions dont nous sommes absolument sûrs qu’elles seront positives. Le seul problème c’est que nous ne pouvons jamais le savoir sauf pour une infime minorité ce qui revient à peu près à ne rien faire… et à notre disparition programmée. Sans oublier les milliards de gens qui, aujourd’hui encore, ne mangent pas à leur faim et meurent jeunes de maladies dues à la pauvreté. Allons donc leur expliquer que la vie n’est pas un risque et qu’il vaut mieux ne rien faire en attendant la mort…

La responsabilité et le respect des autres sont deux des principales valeurs que nous devons appliquer quotidiennement. Mais la responsabilité, ce n’est pas le pessimisme attentiste et le respect ce n’est pas la peur d’agir. C’est tout le contraire.


10 février 2009

Le respect, vraie valeur révolutionnaire

Si l’on considère qu’une révolution établit un nouvel ordre des choses sans retour en arrière, alors le respect est bien une valeur révolutionnaire et, de plus, la condition obligatoire de l’exercice effectif de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. C’est aussi, sans doute, pourquoi nous en sommes si loin…

Le couple star des Français, est la liberté et l’égalité. Ces deux valeurs se trouvent plus ou moins à égalité dans leurs cœurs ce que confirment la plupart des sondages de ces dernières années. Ainsi, 52% des personnes interrogées par l’avant dernier baromètre du Cevipof (Centre de la vie politique française) avaient placé l’égalité avant la liberté et 48% avaient mis la liberté avant l’égalité. La dernière vague de ce baromètre a inversé les résultats puisque les Français ont placé la liberté en premier pour 52% d’entre eux et 47% choisissent l’égalité (1% ne se prononçant pas…). L’un dans l’autre, on voit bien que liberté et égalité sont les deux faces d’une même vision politique de la population de notre pays.

On peut compléter ces résultats par un sondage effectué par la Sofres pour le magazine Télérama voici quelques mois. Ici, les trois valeurs de la devise de la Frances ont été prises en compte : liberté, égalité, fraternité. Le choix des Français a été plus radical encore puisque la liberté a remporté avec une large avance les suffrages de 52% des Français qui ont estimé qu’elle est la plus importante du trio, devant l’égalité (30%) et la fraternité (16%). Cependant ils pensent qu’aujourd’hui le terme le plus menacé est l’égalité (80%) devant la fraternité (69%) et la liberté (59%). Et c’est pourquoi ils demandent à 55% qu’une politique plus égalitaire soit mise en place contre seulement 38% une politique plus axée sur la liberté.

En outre, quand on parle de liberté, c’est avant tout la liberté d’expression qui est importante (66%) devant la liberté d’aller et venir (17%) puis, loin derrière, la liberté d’entreprise (6%), la liberté de culte (4%), la liberté syndicale (3%) qui ferme la marche en compagnie de … la liberté sexuelle (3%) ! Sans doute, concernant cette dernière, les Français estiment-ils, d’une part, qu’il s’agit d’une pratique privée et que, donc, cette liberté ils la prennent en dehors de la sphère publique sans oublier une sensibilité accrue ces dernières années aux affaires choquantes de viols et, surtout, de pédophilie associés sans doute à tort à cette liberté.

Pour revenir sur le choix d’une politique égalitaire et sur le fait que selon les Français ce soit l’égalité qui soit la plus menacée dans notre pays, il n’est pas inutile de rappeler que la France est certainement un des pays les plus égalitaires du monde comme l’expliquent la plupart des spécialistes qui se sont penchés sur la question et que les émoluments de certains patrons qui choquent les Français ainsi que les « golden parachutes » qui leur permettent d’être licenciés en empochant des dizaines de millions d’euros voire des centaines sont peu de choses dans l’égalité globale et que ces pratiques sont encore plus développées dans d’autres pays dont, par ailleurs, elles choquent tout autant les populations comme celle des Etats-Unis.

Ce que le sondage ne demande pas, malheureusement, c’est ce qu’est l’égalité pour les Français. Une égalité des chances ou une égalité des conditions, ce n’est évidement pas la même chance. On sait qu’en général c’est plutôt la première qui est citée mais on sait aussi qu’il y a une très forte tendance en France à vouloir niveler les niveaux des revenus et de promouvoir une égalité synonyme d’uniformisation et, in fine, de système liberticide voire totalitaire tant la différence est le fondement de la liberté.

La question qui se dégage de toutes ces données c’est, évidemment, comment concilier une envie de liberté et une demande d’égalité couplée avec celle d’une solidarité. Cette question est centrale dans la réconciliation des Français avec eux-mêmes et la société française.

La réponse se trouve en grande partie dans le quatrième terme que les Français ajouteraient volontiers à la devise nationale : le respect. Car, quand on rentre dans les détails de ce très intéressant sondage de Télérame, on apprend que s’il fallait rajouter un quatrième terme à la devise nationale, les Français choisiraient majoritairement le respect. Un intérêt pour cette valeur que confirme un nouveau sondage réalisé par la SOFRES début 2009 pour le Conseil d’analyse stratégique. Ainsi, les Français estiment que la valeur qui doit être privilégiée dans les années à venir est le respect d’autrui.

Le respect est fondamental pour créer un lien social fort qui puisse être le terreau de la liberté, de l’égalité et de la fraternité et, surtout, de leur interpénétration. Mais il faut s’entendre sur le respect qui est un terme à la mode et qui, souvent, n’est qu’une simple revendication individualiste et hédoniste. Partout les gens ont le mot respect à la bouche. Demander à ce que l’on soit respecté est légitime. Demander à ce que tous ses désirs le soient, c’est entrer en conflit avec les désirs des autres et, plus grave, avec l’autre tout court. Ce respect là est irrespectueux…

Le vrai respect est celui qui prend en compte la réalité de la vie en société. Nous devons vivre avec les autres, plus, nous en avons besoin. Dans ce cadre, nous devons être capables d’appréhender notre liberté par rapport à l’égalité et à la solidarité. Car le respect de l’autre commence d’abord dans celui de sa liberté et dans la tolérance à ce qu’il est. Un respect bien évidemment symétrique pour qu’il soit accepté et acceptable. Une fois ce respect accordé, celui de l’être dans sa globalité demande qu’on lui accorde l’égalité des chances et qu’une solidarité effective existe dans une société qui ne peut être équilibrée que si elle prend en compte la diversité de ses membres et qu’elle vient en aide à ceux qui en ont besoin à un moment donné de leur existence.

De ce point de vue, le respect n’est pas seulement une revendication égoïste mais bien l’élément central qui permet de rendre effectif la liberté, l’égalité et la fraternité. Respecter ne veut pas dire aimer ni même apprécier l’autre mais seulement le reconnaître dans sa dimension humaine et donc lui accorder ce à quoi l’on estime soi-même être en droit de réclamer à cet autre.

Une France réconciliée avec elle-même et le monde, ne peut exister que si les Français sont respectueux les uns des autres, que dans une France où le respect est le fondement du lien social et non une France où la revendication à « ses » droits fait office de citoyenneté.


08 février 2009

Ridicules !

Nicolas Sarkozy se prend pour Napoléon et renvoie tous ceux qui ne lui plaisent pas notamment ceux ne surveillent pas correctement les villas somptueuses de ses amis de la Jet set avec qui il part en vacances sur leurs yachts. Ségolène Royal se prend pour Blandine dévorée par les lions, insulte ses ennemis et surtout ses amis politiques tout en revendiquant avoir « fait Barack Obama ». François Bayrou se prend pour Mitterrand et se lève le matin avec une liste de tout ce qu’il va pouvoir critiquer venant du pouvoir et d’une famille politique qu’il hait parce que c’était la sienne et qu’elle ne l’a pas reconnue à sa « juste valeur ». Nos hommes et nos femmes politiques sont si ridicules !

Bien sûr, cela ne date pas d’aujourd’hui. Il y a eu Giscard et Villepin avec leurs faux patronymes nobles (les Giscard ont ajouté d’Estaing et Villepin s’appelle en fait Galouzeau, c’est-à-dire le rigolo du village dans le patois de la région d’origine de sa famille, Villepin n’étant que le nom de son village). Il y a eu Mitterrand et ses exploits de l’Observatoire ainsi que ses écoutes téléphoniques pour empêcher que l’on révèle ses mensonges dont l’existence de sa fille cachée qui vivait aux frais de la république. Il y a eu Chirac qui a trempé dans beaucoup des malversations des gaullistes depuis quarante ans et qui dépensait sans compter à la Mairie de Paris. Et l’on pourrait allonger la liste indéfiniment. Malheureusement.

Le personnel politique est, dit-on, le reflet de ce que nous sommes avec nos qualités mais aussi nos travers. C’est sans doute ce qui doit nous inquiéter le plus… Non pas qu’il faille des surhommes à la tête de l’Etat qui seraient d’ailleurs plus dangereux qu’autre chose. Il nous faut juste des personnes qui aient cette notion de servir le peuple qui les a élues et non de se servir une fois à la tête de l’Etat. Montesquieu le savait bien qui disait, « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ».

Servir et non se servir. Quel a été le premier acte de Nicolas Sarkozy en arrivant au pouvoir ? Augmenter son salaire. Quel a été le premier acte de Barack Obama en arrivant au pouvoir ? Bloquer son salaire. C’est peut-être ça la différence entre la médiocrité de l’homme politique et la stature de l’homme d’Etat. Reste que, comme Machiavel le notait si bien voici quelques siècles déjà : « Le vulgaire est toujours séduit par l’apparence et par l’événement : et le vulgaire ne fait-il pas le monde ? » On pourrait ajouter qu’il a une compagne : la médiocrité.

Et l’on aimerait, dans une vision sans doute par trop idéaliste que nous gouvernants s’appliquent à eux-mêmes la fameuse injonction que Kennedy adressa au peuple américain : « Ne demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour le pays ». Mais quand un Président de la république parle en long et en travers de « son boulot » et non de sa mission, c’est vrai que l’on n’est pas dans la même logique. Une mission n’a pas besoin de gratifications petites et grandes, un boulot, oui. Et c’est vrai que tous nos hommes et femmes politiques ressemblent plus à de médiocres salariés de la politique qu’à des hommes et femmes pénétrés d’une mission transcendante pour le bien de leur peuple…

Tous pourris ? Non. Tous médiocres et vulgaires. Ridicules, quoi !

29 janvier 2009

« Eux » et « Nous »

« Eux », ce sont les responsables de la crise. Et « Nous » sommes les victimes de la crise. Le manichéisme a encore une fois parlé. L’irresponsabilité aussi. Car il n’y a pas « Eux » et « Nous », il y a seulement des hommes et des femmes, dans tous les pays du monde démocratiques, qui ont décidé de donner leurs pouvoirs à leurs représentants afin d’agir en leurs noms. Cela s’appelle la démocratie représentative ou, pour certains penseurs comme Sieyès, le système représentatif puisqu’ils estiment que la démocratie, la vraie, est un système où le citoyen prend lui-même les décisions. On appelle ça, de nos jours, la « démocratie directe » par rapport à la « démocratie représentative ».

Ce n’est pas seulement une bataille de mots pour le plaisir de disserter. Si nous sommes dans un système représentatif, celui qui semble le mieux adapté à une société complexe où la division du travail et le partage des tâches sont une nécessité (non, nous ne pouvons pas être, à la fois, boulanger, boucher, épicier, agriculteur, pompiste et chef de l’Etat !), nous ne sommes pourtant pas les victimes irresponsables des agissements de nos gouvernants comme nous voulons le faire croire quand tout va mal. Ni les victimes innocentes de méchants boursicoteurs ou de va-t-en-guerres dangereux. Car « Nous » avons du pouvoir mais nous ne voulons pas l’exercer. Et, au fil du temps, nous avons réclamé une plus grande indépendance vis-à-vis de la société (cela s’appelle l’individualisme et la « postmodernité ») qui nous permet de nous créer une sorte de sphère indépendante et totalement égocentrique mais aussi une citoyenneté à mi-temps où nous ne nous occupons de ce que nous voulons et, non pas, de ce que nous devons. Car, contrôler nos gouvernants est le devoir des gouvernés. Il ne s’agit pas de leur donner un « mandat impératif » (où un gouvernant-mandataire ne peut prendre que des mesures précises que ses gouvernés-mandants lui ont donné) qui ne peut évidemment pas fonctionner dans un monde complexe où nous ne savons jamais de quoi est fait le lendemain et qui paralyserait le fonctionnement politique et de l’Etat mais de trois choses essentielles dans un système représentatif : nous tenir au courant, savoir pour qui on vote et contrôler le fonctionnement de nos élus.

Nous tenir au courant, c’est pouvoir s’informer librement et complètement. L’information libre (presse, audiovisuel, livres, débats, discussions, etc.) est la base grâce à laquelle le citoyen responsable sait pour qui il vote. Si nous ne savons pas ce qui se passe autour de nous, quels sont les problèmes, quelles peuvent être les solutions, alors nous ne sommes pas capables de savoir ce que nous voulons. Dès lors, nous voterons pour des gens qui ne défendrons pas nos points de vue mais qui nous proposerons les leurs auxquels nous ne pourrons qu’adhérer, même si c’est a minima, tout en ne sachant pas s’ils sont ou non bons pour nous.

Savoir pour qui on vote, ce n’est pas croire en telle ou telle personnalité politique. La croyance n’est pas, en matière politique, un fonctionnement rationnel. Bien sûr, nous n’éliminerons jamais ce facteur croyance mais il doit être supplanté par une analyse des capacités et des promesses faites par ceux qui nous demandent de les élire. Si ce travail était fait sérieusement, cela éliminerait beaucoup de démagogues et obligerait les politiques à un travail beaucoup plus sérieux et responsable. Cela nous permettrait aussi d’imposer un certain nombre de nos points de vue.

Mais, une fois que nous avons voté, notre « travail » de citoyen n’est pas fini comme le croient la plupart d’entre nous qui se muent alors en pauvres victimes irresponsables qui pestent devant des politiques qui ne prennent pas les bonnes mesures et qui permettent aux escrocs et aux criminels de pulluler autour de nous. Non, notre contrôle de citoyen libre et responsable commence pour éviter les dérives des promesses non tenues, de la corruption et du mauvais gouvernement. Nous pouvons intervenir en dénonçant les dysfonctionnements, les changements de cap, les erreurs, en proposant des solutions en étant, en fait, une vraie « opinion publique », c’est-à-dire responsable et capable d’une réflexion, imposant à nos élus de bien gouverner dans un bon gouvernement et dans la voie pour laquelle nous les avons installés au pouvoir. Et c’est tout à fait réalisable. Par exemple, en investissant le secteur associatif en créant des structures d’analyses, de contrôles et de propositions. Alors nous remplirons ce devoir de contrôle sans lequel le système représentatif ne devient qu’un système plébiscitaire où une caste politique se présente devant nous toutes les x années pour se partager des emplois comme n’importe quel demandeur d’emploi devant un patron mais un patron qui, ici, renoncerait ensuite à contrôler le travail de son employé en lui laissant faire ce qu’il veut…

Bien entendu, il est beaucoup plus confortable d’être une victime innocente qui ferme ses yeux, met du coton dans ses oreilles et se bouche le nez tout en ouvrant la bouche pour pleurer et se lamenter sur son sort de cocue politique, sacrifiée sur l’autel des intérêts maléfiques des « Eux », les méchants. Mais si nous avons un tant soit peu d’amour propre, prenons-nous en d’abord à « Nous » avant d’attaquer les « Eux » et travaillons à n’être pas de simples citoyens mais des citoyens libres et responsables. Deux adjectifs qui font toute la différence…


23 janvier 2009

économiquement acceptable, socialement inacceptable

Ce qui est économiquement souhaitable ne l’est pas toujours socialement. Et le dernier mot doit revenir au politique.

11 janvier 2009

La Palestine en feu, fruit de notre lâcheté

Nous ne devons pas oublier que les pays occidentaux ont une responsabilité dans le conflit entre Israéliens et Palestiniens. Et que c’est la raison pour laquelle nous devons également travailler à trouver une solution viable à celui-ci.


Lorsque les Européens et les Américains commencèrent à s’indigner du sort des Juifs en Allemagne, Hitler leur proposa de les accueillir chez eux. Il ne reçut aucune réponse… A la fin de la guerre et six millions de Juifs éliminés par ce même Hitler, il fut décidé de créer un Etat pour les Juifs et la première option fut de trouver une terre d’accueil en Europe, notamment en rognant un bout du territoire allemand. Mais redoutant les problèmes que cela créerait, les Européens décidèrent finalement des les envoyer au Moyen Orient. A l’époque, cela semblait la moins mauvaise solution… pour les Européens ! Bien sûr, les Juifs voulaient bien aller s’établir en Palestine et un puissant mouvement existait depuis le début du siècle mais il est fort probable aussi qu’ils auraient accepté d’être installés dans un autre endroit. Un des pays qui fut le plus grand supporter du nouvel Etat d’Israël fut l’Union Soviétique qui, par la suite, pour d’uniques raisons stratégiques, devint un ennemi inconditionnel de l’Etat Juif, armant les Arabes pour que ceux-ci fassent la guerre et anéantissent les Juifs.

Il n’est pas inutile de se replonger dans l’Histoire récente pour se rappeler comment les choses se sont passées au sortir de la guerre et pourquoi le conflit qui embrase la terre de Palestine entre Juifs et Arabes est le fruit de notre lâcheté et de notre inconséquence même s’il est également le fruit d’une haine ancestrale dont nous ne portons aucune responsabilité. Si nous remontons plus loin dans le temps, les conflits entre Arabes et Juifs ont ensanglanté cette région. Mais Arabes et Européens se sont aussi fait la guerre. Et les premiers chrétiens furent victimes de l’ostracisme des Juifs. Quant aux Juifs, ils furent victimes de la haine des Chrétiens. De ce point de vue, les peuples du Dieu unique ont bien rougi la terre que celui-ci leur a donnée...

Une fois l’Etat d’Israël installé au nom d’un droit historique découlant de la présence des Juifs il y a plusieurs millénaires sur la terre palestinienne (rappelons-nous tout de même que si l’on applique ce «droit» pratiquement aucun peuple au monde n’a le droit d’être là où il se trouve !), les Européens et les Américains retrouvèrent une sorte de bonne conscience en s’étant défaussé du problème sur une région pauvre et inhospitalière, contrairement à ce que racontent les Palestiniens qui ne l’avaient jamais mise en valeur. Et en quelques décennies, grâce à leur travail et aux capitaux venus des communautés juives à travers le monde, les Israéliens ont construit un Etat moderne. Mais, en faisant ainsi, ils ont aussi montré que dans cette région pauvre et inhospitalière, il n’y avait pas la place pour deux Etats antagonistes. Car les ressources naturelles ne le permettent pas. La principale, l’eau, n’est pas assez abondante pour un Etat israélien et un Etat palestinien. Si la guerre n’avait lieu pour des raisons de haine ancestrale (rappelons que les deux peuples ont la même origine ethnique), elle aurait sans doute lieu pour des raisons économiques. D’ailleurs, l’incapacité de l’Etat Palestinien de se développer vient aussi de ces réalités économiques. Et la pauvreté engendrant la violence, les Palestiniens ont non seulement suscité un terrorisme sans fin mais ont choisi de remettre leur destinée, à Gaza, à un groupe terroriste dont le seul but n’est pas de développer le bien être du peuple mais de mener une guerre de religion avec des non-dits économiques. Et la pauvreté des voisins engendrant la peur du nanti, la guerre « préventive » d’Israël a aussi des non-dits économiques.

Quelle est donc la solution et comment pouvons-nous racheter notre lâcheté initiale ? Faut-il que les Etats occidentaux demandent l’établissement d’un seul Etat avec deux peuples ? On voit le résultat avec le Liban. Faut-il que les Etats occidentaux se battent pour que les Juifs récupèrent tout le territoire de la Palestine et que les Palestiniens trouvent un havre d’accueil dans les pays arabes ? Mais aucun pays arabe ne veut des Palestiniens. Faut-il que les Etats occidentaux se battent pour que les Arabes récupèrent la Palestine et que les Juifs aillent trouver un nouvel Etat ailleurs ? Mais aucun pays ne voudra partager un bout de son territoire et la force d’Israël aujourd’hui ne rend même pas la question pertinente.

On peut alors tabler sur le temps comme le font les Palestiniens et les Israéliens, les premiers pour espérer la disparition de l’Etat juif, l’autre pour espérer la disparition des entités palestiniennes. C’est vrai, rien n’est jamais donné. Il y a deux mille ans, la France n’existait pas et Rome dominait le monde occidental et le bassin méditerranéen. L’Egypte des Pharaons, l’empire inca, l’empire byzantin ont disparu. Alors rien ne dit que dans les siècles qui viennent ce ne soit pas également le cas de l’Etat d’Israël ou du peuple palestinien. Outre que cela n’est que spéculation historique, il est sans doute illusoire de penser que, malgré leurs fantames, les Palestiniens et les Israéliens aient la patience d’attendre un éventuel effondrement des autres, effondrement que les uns et les autres, évidemment, feront tout pour éviter.

La seule solution pacifique serait de créer une vaste zone sur le modèle de l’Union européenne dans tout le Moyen Orient qui permettrait de ramener la confiance politique mais aussi le partage économique. Quand on voit ce qui se passe aujourd’hui sur le terrain, quand on voit les appels à l’anéantissement de l’autre, cela semble pire qu’une utopie de dire cela, cela ressemble fort à une imbécillité. Mais outre que les imbécillités d’hier sont souvent les intelligences de demain, quelle est l’autre solution pacifique ? Et lors de la Deuxième guerre mondiale, ceux qui prônaient l’établissement d’une Europe unie étaient, rétrospectivement, des imbéciles ou des militants de bonne volonté qui ont permis au continent européen de se développer économiquement et d’assurer, depuis plus de soixante ans la paix ?! Alors, il est temps que les militants de bonne volonté se penchent sérieusement sur cette terre de Palestine où certains irresponsables, dont les Etats occidentaux, ont créé les conditions d’une guerre sans fin.

04 janvier 2009

Le bonheur à la place du PIB?

« Désormais, les décideurs politiques font tout pour comprendre ce qui rend les gens heureux et comment ils peuvent y contribuer, écrit Newsweek (1). Des pays aussi différents que le Bhoutan, l’Australie, la Chine, la Thaïlande et le Royaume-Uni élaborent des « indices du bonheur » afin de les utiliser conjointement au PIB pour mesurer le progrès de la société. » Cette nouvelle mode politique pose malgré tout un sérieux problème selon le magazine américain : « Peu importe que les principaux spécialistes internationaux du domaine se soient demandé lors d’une conférence si le bonheur était mesurable »…
Le bonheur est tout sauf une idée nouvelle. L’idée que le bonheur est la pierre angulaire de tout désir humain vient d’une constatation a priori simple des premiers philosophes. Ainsi si l’on demande à l’être humain ce qu’il veut, il répondra, « Mon bonheur et celui des gens que j’aime ». Personne ne déclarera « Je cherche le malheur », c’est-à-dire le contraire de ce que je considère être ce que je désire. Cependant, cette constatation doit être immédiatement tempérée par une autre. En effet, si l’on demande à l’être humain si ce qu’il espère obtenir sur Terre est un état parfait de plénitude, il répondra par la négative en indiquant qu’il cherche « simplement » le mieux qu’il puisse obtenir de cette vie. De ce fait, il indique qu’il ne croit pas au bonheur tel qu’il est défini par la philosophie et qu’il connaît plus ou moins les réalités de la vie. De ce point de vue, l’être humain adopte une vision raisonnable de la vie. Néanmoins, il estime également – largement conditionné par les idéologies dominantes - que le mieux peut être toujours amélioré qualitativement et quantitativement. D’où la résurgence du concept de bonheur absolu (Attention, il ne faut pas confondre le bonheur, état d’une durée infinie et des instants de joie que certains ont tendance à qualifier d’instants de bonheur. Par définition, le bonheur ne peut pas être une séquence temporelle définie).
C’est Aristote qui fait du bonheur le centre de la recherche existentielle de tout individu. Mais cela demeure une quête individuelle. Puis, le XVIII° siècle a ajouté deux éléments déterminants au bonheur en le faisant passer de ce caractère strictement individuel à un caractère collectif et en lui donnant un aspect essentiellement (mais pas uniquement) matériel. La Révolution française accentuera ce passage de l’individuel au collectif.
Ainsi, les textes fondateurs de deux des principaux systèmes politiques en vigueur dans cette première partie du XXI° siècle font expressément références au bonheur. C’est d’abord le cas de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, en France, toujours en vigueur dans la Constitution de la V° République, qui parle du « bonheur de tous » (La Constitution de 1793 allait plus loin puisque son préambule contenait l’affirmation suivante : « (...) Afin que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur... » et, surtout, son article premier était libellé comme suit : « Le but de la société est le bonheur commun »). De même, la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique affirme très clairement que, parmi « les droits inaliénables » de l’homme, se trouve « la recherche du bonheur ». Et le gouvernement américain doit garantir ce droit au bonheur pour être un gouvernement respecté.
Même si le bonheur a investit le champ politique stricto sensu, il reste néanmoins et avant tout un état individuel, notamment pour l’ensemble des idéologies modernes dominantes (issues massivement des révolutions libérales américaines et françaises ainsi que des théories des philosophes qui ont été leurs inspirateurs). Ce que ces régimes politiques affirment pouvoir offrir sont les conditions à son accomplissement. Mais cela revient au même. Offrir les conditions d’accomplissement du bonheur, c’est reconnaître que le bonheur existe, c’est proposer le bonheur comme but à atteindre.
La « redécouverte » du bonheur aujourd’hui par de nombreux économistes relayés par des psychologues et des philosophes n’apporte rien de nouveau sauf que celui-ci est appelé à la rescousse pour être une valeur alternative au PIB, à cet indicateur qui mesure la richesse, l’accumulation matérialiste qui est devenue le paradigme de nos sociétés. En même temps, les économistes redécouvrent l’utilitarisme de Jeremy Bentham ainsi que l’individu n’est pas uniquement mû par une volonté d’accumulation de biens extérieurs mais aussi par une recherche d’une vie meilleure qui ne passe pas que par des critères économiques. Tout d’un coup, on redécouvre également que la nature du capitalisme, pour pouvoir vivre et se développer, est de constamment susciter des envies matérielles auprès des individus sans se préoccuper si cela leur apporte le moindre contentement profond. Et l’on se rappelle que le marketing est une idée inventée par le gendre de Freud dans les années trente aux Etats-Unis afin d’optimiser les ventes par la création de désirs artificiels au moment où les industriels se demandaient comment ils allaient faire pour écouler leurs productions de masse à l’heure du taylorisme (n’oublions pas que Henry Ford préconisait des salaires élevés pour tous afin de faire tourner la machine industrielle et celle des profits).
Depuis une décennie, les travaux « scientifiques » se sont multipliés et les études – avec chacune leurs propres critères – tentent de dire qui est heureux et qui ne l’est pas. Ainsi, certains « chercheurs du bonheur » sont parvenus à situer l’endroit le plus heureux de la Terre ! Ce serait la petite ville danoise de Ringkøbing… De même, l’homme le plus heureux de la planète serait, grâce à l’étude de son cerveau par des neurobiologistes, le moine bouddhiste français Matthieu Ricard, fils de Jean-François Revel… Et, selon que l’on prend les critères qui les arrangent, les auteurs placent les gens les plus heureux au Danemark ou au Vanuatu ! Fermez le ban.
Fort bien. Mais le bonheur peut-il être cette recherche alternative au matérialisme ? La réponse est négative. D’une part parce que le bonheur coexiste sans aucun problème avec le matérialisme depuis près d’un siècle voire plus. D’autre part parce ce qu’il faudrait savoir ce qu’est le bonheur. Au-delà de la définition d’un état de plénitude constant et infini qui n’est guère atteignable, il est aussi perçu de manière différente par chaque individu pour qui le bonheur personnel correspond à des critères et des sensations à la fois propres et mouvantes comme le montre l’idée que c’est toujours par rapport à l’autre que l’on se positionne pour savoir si notre vie est meilleure qu’auparavant ou s’améliore (c’est la différence de niveau de vie avec son voisin qui est le critère primordial plutôt que l’amélioration objective de notre condition matérielle). Ecoutons Kant à ce sujet : « Le concept du bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’à tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience; et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or, il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement. (...) Il n’y a donc pas à cet égard d’impératif qui puisse commander au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un idéal, non de la raison, mais de l’imagination, fondé uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu’ils puissent déterminer une action par laquelle serait atteinte la totalité d’une série de conséquences en réalité infinie... »
Mais, même si le bonheur pouvait exister et pouvait réellement être mesuré, il serait plus dangereux qu’autre chose comme ciment social. En effet, il s’agit d’une notion fondamentalement égoïste, qui ne fait qu’opposer les êtres humains entre eux, la recherche du bonheur se faisant contre celle de l’autre et ce bonheur se bâtissant inexorablement sur le malheur d’un autre. Une société où la possibilité d’acquérir le bonheur existerait, serait infiniment violente. La recherche du bonheur est une des raisons de l’individualisation grandissante de nos sociétés développées. Chacun pour soi et le bonheur en plus pour les plus forts. En matière d’utopie, la véritable valeur ciment social absolu et sans rapports conflictuels entre les individus c’est l’amour, c’est-à-dire le respect, la tolérance et la solidarité partagés. On ne partage pas son bonheur, on partage son amour. La joie et le bien-être propre à la vie dans l’amour sont bien plus forts que de vivre dans la recherche du bonheur, cette recherche, encore une fois, étant une quête sans fin.
Le bonheur n’est pas donc un indice pertinent pour calculer l’état de développement et de progrès d’une société. En revanche, le « bien être général », notion développée par certains économistes, est un indice beaucoup plus intéressant car il permet de mesurer des états de satisfaction beaucoup plus concrets, une « qualité de la vie ». Celui-ci a été défini récemment par le leader du parti conservateur britannique, David Cameron : « Nous devons désormais consacrer toute notre énergie au BEG, le bien-être général (« general well-being ». Cela implique de reconnaître les facteurs sociaux, culturels, moraux qui donnent un vrai sens à nos vies. Cela implique, en particulier, d’assurer un environnement durable et de bâtir des sociétés plus fortes. Et, oui, cela implique d’admettre que l’argent n’est pas tout et que la qualité de la vie est plus importante que la quantité d’argent ».
Bien entendu, on comprend que cet indice doit être affiné pour rendre compte d’une meilleure qualité de la vie d’autant que cette qualité est souvent dépendante du revenu des individus ou d’une société… De plus, diaboliser l’argent – qui est une posture assez systématique des défenseurs du bonheur - est une drôle d’entreprise car celui-ci n’est qu’un moyen d’échange mis en place lorsque la spécialisation des individus et des sociétés a permis un essor dont nous bénéficions encore largement aujourd’hui. Il suffit seulement de remettre l’argent à sa place comme moyen et non comme fin. Reste que l’idée de David Cameron que « le bien-être général pourrait être le concept politique déterminant du XXI° siècle » est à creuser. Car si cette prédiction se révélait exacte, on reviendrait ainsi à des sociétés qui se préoccuperaient plus de leur lien social que leur accumulation matérielle. On peut rêver !

(1) De Londres à Pékin, l’idée du bonheur fait son chemin par Rana Foroohar, Newsweek 2007

03 janvier 2009

Une troisième guerre mondiale pour des femmes?!

« Je donnerais toutes mes filles pour retrouver mon fils », affirmait en pleurs cette mère de famille chinoise dont le fils avait disparu. Lors de cette déclaration à la télévision, elle était entourée de ses cinq filles qui, par leur silence, semblaient l’approuver. Et comment n’approuveraient-elles pas cette réalité sociale qui remonte à la nuit des temps. Les vieux dictons sont là pour nous en rappeler tout le profond enracinement, tout autant que cette déclaration nous en rappelle la tragique actualité au XXI° siècle. Ainsi « mieux vaut un fils handicapé que huit filles en bonne santé » parce que « élever une fille revient à arroser le jardin du voisin », celle-ci, une fois mariée, partant dans la famille de son mari et s’occupant alors de ses parents. J’ai une amie chinoise qui vit à Paris et qui s’en va chaque année voir ses parents dans le Shandong pour s’occuper d’eux. Mais si elle le fait, c’est parce qu’elle est divorcée et non pas parce qu’elle ne respecte par les traditions… Car une fille non mariée doit s’occuper de ses parents.

Le « handicap » d’avoir une fille dans certaines sociétés comme la société chinoise ou la société indienne ne serait qu’un fait culturel tragique induisant des comportements parfois criminels s’il ne menaçait pas la stabilité mondiale. Car, les conséquences risquent d’être beaucoup plus tragiques encore. Si l’on se réfère aux statistiques actuelles, il va y avoir, dans les années qui viennent, trente millions de Chinois qui ne trouveront pas de femmes et plus de soixante millions d’Indiens dans le même cas. Cela fait plus d’une fois et demie la population française ! Et encore ces chiffres sont sans doute sous-évalués car ne prenant en compte que deux pays aux statistiques imprécises en la matière, certes les plus peuplés de la planète, alors que la « surabondance » de garçons touche plusieurs autres du continent asiatique comme l’Afghanistan, la Pakistan, le Népal ou la Corée.

Au-delà d’une certaine compassion pour ces millions d’hommes qui devront demeurer seuls toute leur vie et de ses femmes qui vont subir une pression sociétale et physique de plus en plus forte, se pose la question de savoir comment on peut aire vivre des hommes dans une existence totalement déséquilibrée et, surtout, qu’ils n’ont pas choisie, pire, qu’ils subissent. On peut poser la question différemment : où vont-ils trouver des femmes ?

Car les enquêtes montrent qu’une société où il manque des femmes est une société plus violente, plus criminelle et plus dangereuse pour les femmes. Pour les femmes qui vivent dans cette société mais aussi toutes celles, étrangères, qui peuvent être victimes d’un trafic d’êtres humains allant de l’enlèvement pour le mariage à celui pour la prostitution. De même, un pays qui manque de femmes possède une armée plus nombreuse car le « surplus » d’hommes est généralement dirigé vers le métier de la guerre par les gouvernants pour canaliser leur agressivité vers l’extérieur de la société. Et cette dernière devient, de fait, plus agressive vis-à-vis de l’extérieur, lorgnant souvent les femmes qui vivent dans d’autres pays. L’histoire nous apprend d’ailleurs que des guerres se sont déclenchées pour le simple motif qu’il fallait aller chercher des femmes ailleurs. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas être indifférents à la tragédie qui est en train de fermenter dans ces pays. Au-delà du déséquilibre qui risque de les affecter, c’est notre sécurité qui est aussi en jeu.

02 janvier 2009

Faut-il croire l'information?

L’être humain est un communicant. L’espèce humaine communique. L’être humain se définit par un certains nombres de facteurs dont l’existence d’un langage complexe qu’il peut partager et d’une transmission culturelle par la parole et par l’écriture. D’où, évidemment, l’importance de la communication. D’où l’importance de savoir qu’est-ce que l’on communique.

Car, que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère publique, nous communiquons selon de nombreux critères qui ne sont pas toujours, loin de là, la transmission d’informations exactes. Nous communiquons ce que nous voulons et ce que nous pouvons.

Le langage nous libère mais son utilisation peut nous enchaîner et nous tromper. La communication nous est donc indispensable pour notre condition d’humain mais elle possède cette double face où le langage peut être utilisé pour tromper et déformer la réalité. Néanmoins, cette déformation, à la différence de la tromperie, peut ne pas être volontaire.

Par ailleurs, pourquoi l’être humain dit la « vérité » (c’est-à-dire ce que, réellement, il croit, il pense, il a vu, il a entendu, ce qui est selon lui dans une démarche d’honnêteté) et pourquoi ment-il ? Quelles sont les raisons qui font qu’il dise la vérité ou qu’il mente ? Est-il enclin naturellement à dire la « vérité » ou à mentir ? Agit-il simplement dans son intérêt ou dans une volonté d’être « vrai » ?

N'oublions pas que le mensonge fait partie de la vie et, notamment, de la vie sociale. Dire la "vérité" tous les jours, à tout instant est une impossibilité, voire considéré comme une perturbation de l'ordre (familial, social, amoureux, amical, etc.). N'est-ce pas Socrate?!

N’oublions pas aussi l’ignorance. Souvent l’être humain parle sans savoir, affirme sans connaître. Parfois, il est sincère dans son ignorance, parfois il connaît son ignorance mais veut démontrer qu’il sait ou veut donner une opinion, émettre un jugement sur une question même s’il ne la connaît pas.

Dans nos sociétés la communication est partout : information, publicité, propagande, etc. Les flux de cette communication fonctionnent en continu, nous abreuvant d’informations. Elles viennent de médiateurs aux statuts différents mais elles sont entremêlées et souvent indémêlables. Dans cet environnement médiatisé où tout le monde communique, où de nombreux vecteurs transportent de l’information, où est la réalité ? Allons plus loin, dans ce magma où tous les coups sont permis, peut-on connaître la réalité ? Et, question subsidiaire, qui a intérêt à nous faire connaître la réalité ? Dernière interrogation : est-ce important de connaître la réalité ?

La communication tue l’information entend-on souvent. Faudrait-il encore qu’il y ait de l’information.

Prenons un exemple simple et réel. Il y a quelques années, un terrible tremblement de terre secoua la Turquie. Il fit de nombreux morts et dégâts. Mais, comme toujours en pareille catastrophe, des « miracles » comme les aiment les médias eurent lieu. Ainsi, on retrouva deux personnes ensevelies depuis plusieurs jours sous les décombres d’un immeuble. Cette découverte fut expliquée de la manière suivante par les chaînes de télévision. Première chaîne : les personnes ont pu survivre en buvant de l’eau ruisselante qui provenait des lances de pompiers qui avaient éteint un incendie. Deuxième chaîne : les personnes ont pu survivre en buvant de l’eau ruisselante provenant de pluies qui sont tombées après le tremblement de terre. Troisième chaîne : les personnes ont pu survivre car elles se trouvaient près d’un réfrigérateur qui contenait des bouteilles d’eau minérale. Quatrième chaîne : les personnes ont pu survivre car elles se trouvaient près d’une canalisation d’eau qui s’était rompue pendant le tremblement de terre et qui laissait l’eau s’échapper. Cinquième chaîne : les personnes ont pu survivre car se trouvait à proximité une infiltration d’eau due à une nappe souterraine. Pour ce simple fait qui ne bouleversera pas l’ordre du monde, cinq versions (ou peut-être plus). Toutes crédibles. Que s’est-il vraiment passé ? Nous ne le saurons sans doute jamais (peut-être même que les rescapés et les secouristes ne le savent pas eux-mêmes). Certains diront, avec raison, que l’information importante était le sauvetage de ces deux miraculés. Néanmoins, la raison de leur survie est indissociable de leur condition de miraculés, ce qui dans des événements plus graves comme la raison d’une guerre ou d’une décision politique devient une information capitale.

Nous pouvons donc dire que cela est fort regrettable et à plus d’un titre. Cela nous prouve que nous avons du mal à connaître une réalité que nous n’avons pas vécu en en étant les témoins oculaires ou les participants. Car, pour savoir ce qui s’est passé, nous nous en remettons à des professionnels que nous payons pour nous le raconter. Or voici que ceux-ci (dans le cas présent au moins quatre si ce n’est cinq !) nous ont raconté une contre-vérité, voire un mensonge. Tout ce que nous savons de cet événement est que des personnes sont sorties indemnes du tremblement de terre après plusieurs jours sous les décombres d’un immeuble. Or, dans d’autres cas similaires de fausses informations, nous ne sommes même pas capables de savoir si un événement a eu lieu ou non.

Alors, l’important, devant cette situation est la lecture morale que nous en faisons.

Prenons ainsi comme postulat que quel que soit la réalité des faits, l’important est que nous nous positionnions vis-à-vis de ceux-ci par rapport à nos valeurs en nous créant une opinion issue de celles-ci et se basant sur notre définition du bien.

Ce postulat permet d’émettre une opinion « indépendamment » de la réalité des événements, c’est-à-dire de ce qui s’est vraiment passé. Celui-ci est d’autant plus utile que les médiateurs chargés de nous rapporter et nous narrer les événements deviennent de moins en moins crédibles. Dans notre ère de communication globale, il n’y a plus de distinction véritable et vérifiable entre les diverses branches du secteur de la communication autrefois bien plus distinguables les unes des autres : la communication (individuelle, publique, de structures diverses) l’information (des médias), la promotion (dont la publicité) et la propagande. Avec la multiplication quasi-exponentielle des sources et la sophistication de la communication - dont use, en particulier, la propagande -, il est désormais impossible de s’en remettre à une source identifiable et reconnue pour être assuré de son « objectivité », c’est-à-dire de son honnêteté dans le traitement de l’information à faire passer et que cette honnêteté, à défaut d’être le reflet de la réalité, s’appuie sur un travail sérieux qui permette de dégager une vision de la réalité la moins déformée possible.

Devant cette situation qui est la conséquence de la démocratie (liberté de parole), des progrès de l’instruction et des formidables bonds de la technologie, nous devons adopter cette règle : ce n’est pas la réalité qui est déterminante mais notre réaction morale vis-à-vis d’une information délivrée par la machinerie communicante.

Si ce postulat ne nous permet pas de voir le « vrai » monde tel qu’il est, au moins nous permet-il de nous mouvoir dans celui-ci avec nos valeurs, ce qui est primordial.

Un premier écueil survient cependant dans cette option. Pour notre système de valeurs, il est vrai que la véracité d’un fait ou non est peu important, ce qui nous permet d’évacuer la difficulté d’estimer la véracité de l’information reçue. N’empêche, ceux qui sont parties prenantes – ou, au minimum, une des parties prenantes - à un fait conflictuel, par exemple, ont eux un intérêt évident à ce que la réalité en soit démontré. L’innocent a tout intérêt à faire reconnaître son innocence. La victime, son agression. Mais, à l’inverse du coupable et de l’agresseur, qui ont le même intérêt de se poser en innocent ou en victime, l’innocent et la victime ont la légitimité pour cette demande et, évidemment, le droit à se faire reconnaître innocent ou victime. D’un point de vue éthique, nous ne pouvons nous contenter du « cas d’école » qui nous permet d’émettre une opinion. Néanmoins, cela implique que nous entreprenions une enquête, qui devra parfois être approfondie, pour tenter de mettre à jour un modèle aussi proche que possible de la réalité vécue par les protagonistes de ce fait. Théoriquement, cette enquête devrait être alimentée par la presse. Or, celle-ci pour de nombreuses raisons où sa responsabilité n’est pas forcément engagée, ne peut y répondre dans de très nombreux cas.

Un deuxième écueil provient du message qui soutient la machinerie communicante et son orientation. Ainsi, la délivrance d’une information permet de rendre positif ou négatif son objet. Ce qui n’est pas rien en matière de propagande politique ou de publicité pour un produit ou une marque. Le décodage de cette information peut devenir indispensable en termes de choix ou de positionnement factuel et même de vision du monde. Ainsi, réagir à un événement dramatique permet à nos valeurs de s’affirmer. Mais si nous croyons à tort à la responsabilité d’une personne, d’un groupe ou d’une communauté, cela peut aussi modifier notre vision du monde et notre engagement politique. Ici, on peut faire intervenir les multiples sources qui deviennent alors une aide pour les personnes. Ainsi, on peut supposer que dans une démocratie (seul système politique qui multiplie les sources), il y aura des contradicteurs à une affirmation. Toutes ces contradictions permettront de cerner les enjeux de cette information.

Mais il existe un troisième écueil, souvent bien plus ardu à résoudre et qui concerne la grille de valeurs que nous utilisons. Celle-ci, définie par notre vision du bien, peut entrer en conflit avec une autre grille de valeurs définie par une vision différente du bien. La dualité résistance/oppression est en général un bon exemple de cette dualité des grilles de valeurs. Le libérateur peut être l’oppresseur pour l’autre, de même que le résistant peut être le terroriste pour l’autre. Un autre exemple vient de la différence de « cultures ». Néanmoins, dans cette opposition entre deux « biens » relatifs, il est souvent possible de déterminer un bien de « base » qui permettra de déterminer la bonne vision morale de l’événement.

Allons plus loin dans notre recherche de la réalité. Nous sommes donc assez démunis pour connaître la réalité présente. Pouvons-nous appréhender la réalité passée grâce à l'histoire et ainsi nous faire une idée de la réalité présentée non-événementielle ?

La première remarque est que l’histoire (comme toutes les sciences) est produite par la main de l’homme et est limitée par ses capacités. Dès lors, il n’y a pas une Histoire mais des regards différents sur un passé. L’Histoire n’est pas objective. Elle tend à raconter des événements passés sous le prisme d’un regard, celui de l’historien. Même si celui-ci désire retracer ce qui s’est réellement passé « sans préjugés », il ne le peut de par sa subjectivité et du point de vue où il s’est placé. Mais, de plus, il ne dispose que de documents humains qui sont aussi imparfaits et partiaux que notre vision de l’actualité.

Les grandes énigmes historiques que le grand public adore démontrent cette difficulté à connaître la réalité du passé. L’Histoire est donc un enseignement moral au sens large. Et comme elle est le plus souvent écrite par les vainqueurs et qu’elle tend à démontrer sinon un « sens » du moins une thèse sur la formation du présent, elle est parasitée par le politique.

Evidemment, le monde est plus complexe. Comment, en effet, apprécier un fait qui n’est que la résultante d’un autre et celui-ci de toute une chaîne de faits dont certains n’ont plus de responsables ou des responsabilités unique. Si une personne devient un résistant (terroriste) à une oppression (libération), cette oppression (libération) réponde peut-être un fait qui pour le résistant / terroriste était la situation normale, voire même une libération alors que pour l’oppresseur / libérateur, elle était justement une raison d’intervenir pour faire cesser une oppression. De même, cette situation antérieure peut être perçue différemment selon ces visions.

Une première conclusion (provisoire ?) est que nous devons apprécier les événements de l’actualité et de l’histoire de deux façons. D’une part, avec notre grille de valeurs, c’est-à-dire avec nos émotions qui est à la base de notre capacité d’indignation envers l’injustice. D’autre part, avec un scepticisme toujours en éveil, c’est-à-dire avec notre raison et notre volonté de savoir sans prêter le flanc à toutes les manipulations possibles. Parvenir à cette double-appréciation des événements n’est pas aussi simple que cela paraît. C’est un travail constant de relativisation et de remise en cause de l’information (au sens large) mais aussi de notre perception. Car, il nous est souvent agréable de penser que nous sommes dans la raison alors que nous sommes demeurés uniquement dans l’émotion…

Le paradoxe de l’automobile : l’acheter et ne pas s’en servir !

Le paradoxe de l’automobile est une des manifestations les plus caractéristiques de l’inconséquence politique de ces trente dernières années qui prend un tour encore plus ubuesque actuellement avec la crise économique et financière mondiale où l’industrie automobile est en péril partout dans le monde et où tous les gouvernements annoncent, chacun à leur tour, un plan de soutien et de relance du secteur. Ce paradoxe peut se résumer à cette formule : « Pour être un bon citoyen, il faut acheter une voiture mais ne pas s’en servir » !

Détaillons. Tout citoyen responsable se doit d’acheter une voiture afin de faire fonctionner les usines et de donner du travail aux ouvriers, puis de donner du travail aux vendeurs de voitures, aux réparateurs de voitures, aux pompistes, aux employés d’autoroutes et à un certain nombre de « parasites » automobilistiques comme les contractuels, les employés des fourrières et les poseurs de pub sur les pare-brises. Cependant, une fois que notre citoyen responsable a acquis sa voiture, il doit louer ou, mieux, acheter une place de parking pour y mettre son nouveau bien et ne jamais s’en servir pour aller au boulot, pour emmener les enfants en classe, pour partir en vacances ou pour faire ses courses afin d’éviter les embouteillages qui paralysent le pays et qui polluent énormément, sans parler des nuisances sonores. D’autant qu’il fera des économies d’énergie ce qui permettra de ne pas plomber la balance des paiements et qu’il ne creusera pas le trou de la sécurité sociale en causant des accidents de la route. Il ne faut pas qu’il oublie, malgré tout, de prendre une assurance, même si sa voiture ne roule pas, afin de ne pas précipiter la faillite de toutes les grandes compagnies d’assurance et qu’il continue à acheter des revues automobiles. De temps en temps, il aura la bonne idée de siphonner son réservoir (mais pas de mettre en route son moteur, respect de l’environnement oblige) afin d’aller chercher de l’essence en transport en commun muni de jerricans. De temps en temps, également, il poussera sa voiture pour la garer sur des emplacements interdits afin de participer au budget de sa commune. Et il ne faut pas qu’il oublie de changer sa voiture tous les deux ans afin de faire fonctionner les usines et patati patata. Enfin, on ne saurait trop conseiller à ce bon citoyen responsable d’acheter une deuxième voiture pour sa femme, une troisième pour sa fille et une quatrième pour son fils pour résoudre le chômage. Et autant de places de parking pour résoudre la crise de l’immobilier. Mais peut-être pas autant de jerricans car ceux-ci sont sans doute « Made in China »...

Quel que soit le comique de la situation, c’est drôle à en pleurer ! Le paradoxe de l’automobile constitue ainsi un des meilleurs exemples des dysfonctionnements de nos sociétés à tous les niveaux mais surtout de l’Etat. Car, celui-ci, incapable de se projeter dans l’avenir fonctionne exclusivement ou presque à court terme. De même, l’appareil politique, incapable de prendre ses responsabilités prend des décisions incohérentes et totalement contradictoires souvent pour se faire réélire mais aussi par une absence complète d’une vision responsable des défis qui se pose à la société. D’un côté, il faut faire exister un secteur économique, voire même l’aider comme c’est le cas actuellement, tout en demandant au citoyen de participer à ce « civisme » (remplacer sa vieille voiture grâce à une prime à la casse, par exemple) et en l’encourageant, ensuite, à ne pas se servir de l’automobile qu’il vient d’acquérir au nom d’un autre « civisme ». Mais le bon citoyen, lui aussi, participe de ce paradoxe en élisant ce même personnel politique irresponsable, en achetant des voitures tout en se disant très concerné par les problèmes de pollution et de réchauffement de la planète tout en fustigeant les méchants industriels qui lui permet de polluer sans grands états d’âme en ayant trouver des boucs émissaires…

Et au moment où l’on devrait enfin pouvoir dire « la voiture est morte, vive la voiture ! » en décidant de laisser mourir cette vieille automobile polluante grâce à la crise qui s’établit partout dans le monde pour en créer une nouvelle propre et durable, ne voilà-t-il pas que tous les gouvernements du monde viennent au secours de la vieille automobile au lieu de permettre à cette nouvelle automobile de naître. Partout on subventionne les constructeurs automobiles qui n’ont pas su ou voulu s’adapter, partout on établit des primes à la casse pour déresponsabiliser le citoyen qui n’en a guère besoin, partout de Pékin à Paris, de Washington à New Delhi.

L’être humain, individuellement et collectivement, a toujours eu du mal à bâtir du durable. De même, il a pratiquement toujours était incapable de s’adapter à l’avenir en douceur estimant que ce qui ne relevait pas du jour même pouvait attendre le lendemain même si celui-ci était trop tard. Bien sûr, de l’autre côté, il y a toujours eu des oiseaux de malheur pour surfer sur les angoisses collectives et pour prédire la fin du monde qui, pour autant que nous puissions le juger, n’est pas encore arrivée malgré tous les faire-part de décès qui nous ont été adressés au fil des siècles.

Reste que la « paradoxe de l’automobile » a un dindon de la farce, l’automobiliste. Sans être pour le moins du monde populiste, remarquons que le citoyen conducteur (le « citoyen vache à lait » diraient certains) est le seul à payer tout le temps : en achetant la voiture ; en payant des impôts qui se transformeront en aides et subventions publiques ; en payant son essence, son assurance, ses contrôles techniques, le remplacement des pièces défectueuses, les révisions, le dépannage en cas de panne ; en s’acquittant des péages d’autoroutes, des stationnements payants, des amendes de toutes sortes et ainsi de suite. Sans oublier, par exemple, les impôts qui payent les hôpitaux publics où on se fait soigner après un accident de la route. Et en retour, on lui explique qu’il est un mauvais citoyen qui est en train de détruire la planète !

Il y aurait un bon côté si le « paradoxe de l’automobile » avait permis à la société d’apprendre une bonne leçon. Malheureusement, les politiques, les industriels et les citoyens sont toujours aussi irresponsables devant les défis du présent et du futur. Dès lors, il n’est pas un phénomène exceptionnel mais bien le fonctionnement normal de nos sociétés. Et là, nous avons de quoi être inquiets pour notre avenir !

01 janvier 2009

L’inévitable guerre, à moins que…

Ce jour, comme hier et comme demain, de nombreuses personnes vont mourir dans des conflits qui ensanglantent le monde aux quatre coins de la planète, de l’Afghanistan au Congo, de la Colombie à la Somalie et dans lesquels, nous l’oublions souvent, nous sommes, nous, Européens et Occidentaux, directement impliqués. Depuis que l’Humanité existe, il y a eu plus de jours de guerre que de jours de paix ! La guerre est donc la gestion du conflit préférée des êtres humains… Cette réalité désespérante risque de perdurer et peut-être même de s’amplifier dans les décennies à venir, faisant du XXI° siècle, un siècle tout aussi sanglant que le précédent pourtant peu économe en vies humaines sur les champs de bataille et dans les ruines des cités. Car les motifs pour faire la guerre vont se multiplier et leur importance pourrait bien balayer nos belles valeurs humanistes. Au-delà de tous les conflits existants, le manque d’énergie sera peut-être la cause des premières guerres du siècle nouveau. La raréfaction de l’eau potable, le manque de nourriture, l’exigüité du territoire, le nombre de femmes insuffisantes dans des pays comme l’Inde ou la Chine sont autant d’autres motifs déclenchant. Sans parler d’une possible guerre de religion. Et sans oublier que le terrorisme pourrait disposer d’armes de destructions massives à plus ou moins long terme. A moins que la crise économique et financière mondiale ne se prolonge et soit le terreau de troubles sociaux puis de régimes autoritaires comme ce fut le cas en 1929 avec, au bout, la deuxième guerre mondiale, le conflit le plus meurtrier de toute l’histoire de l’humanité, il y a, à peine, soixante-trois ans…

Dès lors, la question n’est peut-être pas de se demander s’il y aura une nouvelle grande guerre mais quand et où. Et ce « où » pourrait bien impliquer encore plus directement le monde occidental dans lequel nous vivons bien plus qu’il ne l’est actuellement dans les guerres où l’Europe et les Etats-Unis sont engagés (Irak, Afghanistan, Darfour, Congo, etc.). Bien sûr, le pire n’est jamais sûr mais l’expérience des siècles passés, voire des millénaires, doit nous encourager, au minimum, à nous préparer à la possible survenance d’un nouveau conflit même si les optimistes notent que, jusqu’à présent, aucune guerre n’a mis aux prises des démocraties, ce qui devrait limiter les risques d’embrasement en Europe. Pour le moment.

Y a-t-il une chance que le scénario catastrophe ne survienne pas ? Cette chance, malheureusement, ne se trouve sans doute pas dans notre amour du prochain, ni dans notre sagesse en dépit de ce que croient tous les idéalistes qui prônent un changement de nos comportement et de nos manières de vivre. La peur d’une guerre atomique peut être un repoussoir mais jusqu’à quel niveau de haine ou de désespoir ? En revanche, la sauvegarde de la paix peut se trouver dans l’ingéniosité humaine, dans l’innovation. Il n’est pas question ici de foi aveugle et inconditionnelle dans la science et la technologie humaines. Non, il s’agit simplement de l’espoir que l’être humain sera capable de trouver des solutions dans ses capacités d’innovation technique car, pour ce qui des innovations politique et sociétale, il y a tout lieu de se montrer très pessimiste, non pas sur ses capacités à en conceptualiser mais dans celles de les mettre effectivement en œuvre. Parions sur le génie technologique de l’être humain plutôt que sur sa sagesse pour avoir une chance de nous en sortir. Ce qui ne nous empêche pas, bien sûr, de continuer le combat pour que les êtres humains comprennent que leur intérêt commun est de consacrer toutes leurs énergies non pas à détruire ce qu’ils ont construit mais à le protéger, à l’améliorer et à le partager. Une révolution par l’amour et la sagesse qui ne semble pas encore être leur préoccupation première …

10 décembre 2008

L’Europe est une nécessité mais plus un rêve

Bien, il y aura des élections européennes en 2009. On peut presque parier qu’à coup sûr la participation ne sera pas très élevée… et que tout le monde le déplorera avant de passer à autre chose. Car l’Europe n’intéresse plus beaucoup les citoyens, non pas parce qu’elle n’est pas présente ou parce qu’elle n’est pas considérée comme une nécessité (bonne ou mauvaise) mais parce qu’elle ne fait plus rêver depuis très longtemps. Et l’on peut aussi parier que le rêve européen n’est pas prêt de revenir. En fait, ce rêve est mort lorsque les politiques l’ont enterré sans cérémonial lorsqu’ils se sont rendus compte qu’il ne pourrait jamais y avoir une vraie Europe politique parce que personne n’en voulait vraiment et que la seule Europe possible était une Europe de la paix, technocratique et tournée vers les échanges économiques. Ce n’est pas rien mais cela ne peut plus être plus que cela. Et les déclarations triomphales de Nicolas Sarkozy sur le retour de l’Europe à l’occasion de la crise économique et financière mondiale et des mesures « prises en commun » n’aura trompé personne puisque dès qu’elles furent faites les « partenaires européens » de la France s’empressèrent de prendre, chacun de leur côté, des mesures nationales sans guère se soucier d’une quelconque « unité européenne » !

Evidemment, cette Europe n’a guère d’avenir en tant que puissance mondiale. Mais qui veut que l’Europe soit une puissance mondiale ? La France ? sans doute ; la Grande Bretagne ? peut-être ; l’Allemagne ? sans doute pas comme l’Italie et l’Espagne. Quant au Danemark, à la Suède, à l’Irlande, à la Finlande, à la Pologne ou à la République Tchèque, surtout pas. Les peuples européens dans leur majorité souhaitent vivre dans le cocon d’une démocratie sociale où règne la paix avec compassion pour le malheur du monde mais pas en allant y fourrer son nez de trop près. D’ailleurs, les fameuses controverses sur le « modèle social européen » ont montré qu’à défaut d’un système unitaire dans ce domaine, il y avait néanmoins une vision commune (sauf peut-être en Grande Bretagne et encore) sur la conception du travail, celle des loisirs et celle de la couverture sociale. De même, l’Europe est devenue avant tout un espace de paix depuis la crainte réelle des politiques, lors des conflits dans les Balkans, que la guerre ne revienne sur un continent déjà si durement éprouvé et toujours pour des questions des minorités nationales comme détonateur (la forte communauté hongroise de Roumanie par exemple). C’est l’unique raison pour laquelle on s’est empressé de faire adhérer des pays comme la Slovénie, la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie comme l’ont reconnu les politiques au pouvoir à l’époque et que l’on veut incorporer au plus vite la Croatie, la Bosnie et la Serbie, sans oublier la Macédoine, l’Albanie et le Monténégro. Car l’incapacité de l’Union européenne à régler les conflits balkaniques dans les années 1990 ont montré qu’elle n’était, à ce niveau-là, qu’un tigre de papier et que seule l’intervention de l’ami américain empêcha le conflit de l’ex-Yougoslavie de se propager à toute la région et de dégénérer en guerre européenne (rappelons que, entre autres, la France soutenait le Serbie et l’Allemagne, la Croatie).

Donc l’Europe ne fait plus rêver mais nous ne pourrions nous en passer économiquement et pacifiquement parlant. Reste que deux dangers guettent cette « petite » Europe à moyen-long terme. D’une part, un lent délitement qui pourrait remettre en cause, dans quelques décennies, son existence ce qui serait certainement désastreux. D’autre part, une sorte de « syndrome munichois » où la paix et la prospérité à tout prix pourrait avoir comme conséquence, dans un monde où il faut toujours lutter pour préserver ses acquis quels qu’ils soient, de n’avoir ni l’une, ni l’autre. Et faudrait-il alors 50 millions de morts de plus pour que le rêve revienne ? La leçon de l’Histoire, ici, ne permet pas de répondre avec confiance par la négative…

01 décembre 2008

L’hypocrisie du sport de compétition « propre »

Il faudrait, soi-disant, interdire le dopage pour que le sport de compétition demeure « propre », qu’il continue à porter les « valeurs » de l’effort et du dépassement de soi pour la beauté du geste, qu’il soit ce « bel exemple pour la jeunesse », qu’il reste cette sorte d’oasis de pureté dans un monde pourri. Entendons-nous bien. En tant que personne ayant pratiqué le sport toute sa vie et participé à de nombreuses compétitions, je ne me suis jamais dopé et je n’en ai jamais eu ni l’envie ni l’intention. Mais qu’est-ce que cela peut bien signifier un sport de compétition « propre » alors même que la société mais aussi le milieu sportif glorifient la performance avant l’effort lui-même, où le premier est admiré, devenant un héros national, et le dernier fustigé quelles que soient leurs valeurs humaines respectives, où le nationalisme et l’esprit de clocher sont valorisés alors qu’ils montrent ici leurs aspects les plus repoussants, où l’argent plus que l’humain est l’étalon valeur, où la réussite se prouve par le nombre de zéros de son compte en banque ? Et puis, qu’est-ce qui est fondamentalement condamnable dans le dopage ? Certainement pas le fait d’améliorer les performances d’un athlète. Car, dès lors, il faudrait interdire toute technique d’entrainement spécifique ou intensif, tout régime alimentaire censé améliorer la performance, toute préparation mentale (et dans certains cas toute amélioration technique des matériels utilisés : mettez le champion du monde de formule un dans la plus mauvaise voiture et il arrivera dernier, mettez le dernier dans la meilleure voiture et il sera champion du monde). De même, depuis que le sport existe, l’hygiène, les médicaments, les techniques médicales, les découvertes en matière de nutrition, entre autres, ont permis d’obtenir des êtres humains plus résistants à leur naissance puis plus performants grâce au développement de leurs aptitudes physiques dans un environnement plus sain et plus sécurisé. Dit-on que c’est du dopage ? ! Sans oublier que si l’on pousse à l’extrême les arguments des ennemis du dopage, on est bien proche de ceux qui prônent une sélection naturelle, de celle qui permet aux « meilleurs » de gagner la compétition de la vie. Les défenseurs d’un sport d’élite ont d’ailleurs souvent été des sympathisants d’idéologies politiques du même acabit. Pierre de Coubertin « fondateur » des Jeux olympiques modernes - ayant été, malgré les réfutations de ses admirateurs, un raciste admirant « intensément », selon ses propres termes, Hitler – ne déclarait-il pas « Il y a deux races distinctes : celles au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l'air vaincu. Hé bien ! C'est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n'est appréciable qu'aux forts. ». Et pour ceux qui n’auraient pas compris, en voici une autre : « La théorie de l'égalité des droits pour toutes les races humaines conduit à une ligne politique contraire à tout progrès colonial. Sans naturellement s'abaisser à l'esclavage ou même à une forme adoucie du servage, la race supérieure a parfaitement raison de refuser à la race inférieure certains privilèges de la vie civilisée. » Faibles et couleurs de peau basanées, passez votre chemin !

Combien d’entre nous pourraient vivre si nous ne nous dopions pas en prenant des médicaments qui nous maintiennent en vie ? Il n’y a pas si longtemps, beaucoup de maladies chroniques tuaient des millions de gens. Grâce à des traitements quotidiens, ces personnes qui auraient été victimes de cette sélection naturelle, ces soi-disant « losers » de la vie, peuvent dorénavant vivre une existence longue et enrichissante. Est-ce condamnable ? A part ceux qui développent des thèses extrémistes et ceux qui estiment que cela ferait faire des économies à nos systèmes de santé, peu se risquent à professer ouvertement que tous les « faibles » soient laissés à leur sort. Et lorsque nous prenons des médicaments ou des substances nous permettant d’être plus efficaces ou plus résistants intellectuellement, personne n’y trouve quelque chose de répréhensible.

Donc, la science moderne permet d’améliorer les performances de l’être humain. Rien à dire. Sauf lorsqu’il ne s’agit plus d’améliorer ces dites performances mais de créer un nouvel être humain ou de sélectionner les individus. Là, la science se fourvoie. Mais elle l’a fait tellement de fois… Et il y a tellement de gens qui veulent en profiter, rêvant, par exemple, de vivre éternellement ou de garder éternellement leur jeunesse… Le seul problème du dopage dans le sport de compétition – au-delà du fait qu’aujourd’hui certains se dopent et d’autres pas ce qui avantage les premiers - est dans le risque qu’il fait courir à celui qui se dope. Si un athlète prend ce risque en toute connaissance de cause, il n’y a rien à redire à sa décision tant qu’elle ne met pas en danger la santé des autres. S’il se dope en ignorant les risques qu’il encourt, alors, le dopage doit être condamné et les personnes qui ont permis ce dopage doivent être sanctionnées mais uniquement parce qu’elles ont mis en danger la santé de cet athlète.

La lutte contre le dopage dans le sport de compétition est une nouvelle hypocrisie de notre société qui incite à se doper pour être meilleur, voire « le » meilleur, mais qui adopte une morale « propre » afin de se présenter sous les traits d’une justicière et d’un défenseur d’un humanisme dont elle aurait bien du mal à définir les contours et le contenu… Attaquons-nous donc aux problèmes plus sérieux comme certaines manipulations biologiques et génétiques qui risquent de menacer l’espèce humaine dans son essence avant de nous indigner devant le dopage. Et, quant au dopage, pour le supprimer, supprimons cette compétition sportive où seul le vainqueur, seul le « super-athlète » est valorisé comme un héros des temps modernes, où même le deuxième n’est qu’un « loser »... Car le sport « propre », c’est celui où le vainqueur et le vaincu, la gagnant et le perdant, le premier et le dernier sont autant valorisés pour l’effort qu’ils ont accompli et qui sont autant récompensés pour celui-ci. Le sport est l’école de la vie entend-on souvent. En voyant ce qu’il est devenu et ce qu’il risque de devenir, on a de quoi être inquiet pour nos valeurs humanistes et guère surpris de la violence et de la corruption qui le gangrènent de plus en plus. Bonne chance aux éducateurs que Pierre de Coubertin, encore lui, ne portait manifestement pas dans son cœur et qui traitait Paschal Grousset, le champion de l'éducation physique pour tous, d'homme « que je méprise et avec lequel je ne veux point avoir de rapports ».

24 novembre 2008

La guerre, seul bien commun de l'humanité?

La guerre n’est-elle pas le seul bien commun de l’humanité ? Si la réponse est positive, c’est que l’humanité, en tant que réalité une et homogène n’existe pas.

02 novembre 2008

Interdictions et interdictions

La plupart des interdictions que nous édictons sont le triste constat de notre incapacité à devenir meilleurs. Reste que cela ne concerne pas les interdictions qui n’ont comme seul but de nous faire entrer dans un moule qui n’a rien à voir avec le bien et le respect mais tout avec l’image d’une certaine « normalité » en nous dictant des comportements à cet effet.

13 octobre 2008

Nous sommes tous conservateurs, réformateurs et révolutionnaires

Etre conservateur n’est pas en soi négatif. Etre réformateur, tout comme révolutionnaire, ne sont pas, en soi, positif. Tout dépend de ce que l’on veut conserver, réformer ou révolutionner. Et, dans la globalité, une personne, un groupe de personnes sont toujours conservateurs, réformateurs et révolutionnaires à la fois. N’accolons donc pas des étiquettes globales qui n’ont strictement aucun sens sauf d’égarer les autres par un manichéisme qui a souvent les faveurs puisqu’il permet de mettre l’autre dans une case sans trop d’effort…